Gérer par balles ?

Crâne et bois de chevreuil / © Fabien Bruggmann / Biosphoto

Chaque année, 2,5 millions de chevreuils sont abattus en Europe. Régulation indispensable ou massacre gratuit ? Deux avis contradictoires.

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Chevreuil et chasse, le pour et le contre - La Salamandre Charlette Chandosmé

Charlette Chandosné

Charlette Chandosné

Directrice de la Fédération des chasseurs de Haute-Marne

Amour pour la nature et chasse ne sont pas antinomiques.

Quelle est votre définition de la chasse ?

C’est à la fois une passion, des souvenirs et un attrait pour la nature. Mais souvent on l’entend aussi comme un moyen de gestion. Il faut connaître la nature pour savoir chasser.

Est-il nécessaire de réguler les populations de chevreuils ?

Dans notre paysage urbanisé et exploité à toutes les échelles, l’être humain est en interaction constante avec l’environnement. Il est donc fondamental de gérer les populations de chevreuils et d’autres ongulés pour maintenir un équilibre sain entre les milieux et les activités humaines.

Pensez-vous que la diminution du nombre de chasseurs en France aura une influence sur les effectifs de chevreuils ?

C’est difficile à dire, mais cette tendance risque effectivement d’engendrer une difficulté à gérer certaines espèces. Ce qui créera inévitablement des tensions avec les mondes agricole et forestier qui pourraient subir des dégâts plus importants.

Qu’est-ce que vous reprochez aux opposants à la chasse ?

De ne pas admettre qu’elle peut être utile à la nature. Chasser ne signifie pas simplement tuer, mais c’est aussi être curieux, connaître les animaux et protéger la nature. Grâce à l’entretien que nous assurons, mes petits-enfants aussi auront peut-être la chance d’admirer une perdrix ou une alouette. Car lorsqu’on chasse un animal, on l’aime. Et alors, on fait tout pour le préserver. Amour pour la nature et chasse ne sont pas antinomiques.

Régulation sur mesure

En Suisse et en France, la chasse des ongulés est régulée, c’est-à-dire adaptée aux effectifs. Pour chaque espèce, un plan cynégétique annuel définit le nombre de têtes qui peuvent être abattues. L’estimation régulière des populations permet de calculer et d’adapter les attributions. Ces quotas se veulent à la fois respectueux d’un équilibre des sexes et de la pyramide des âges : on tire plus de jeunes que d’adultes et davantage d’adultes que de vieux. En théorie, si on abattait environ 1/3 des effectifs chaque année, une population de chevreuils pourrait rester stable.

Chevreuil et chasse, le pour et le contre - La Salamandre marc giraud

Marc Giraud

Marc Giraud

Porte-parole de l’Association pour la protection des animaux sauvages en France

La meilleure chasse pour le chevreuil est la chasse photographique.

Quelle est votre définition de la chasse ?

Un loisir qui consiste à traquer et à tuer des animaux généralement avec un fusil et à l’aide d’un chien.

Est-il nécessaire de réguler les chevreuils ?

Non. Le prétexte sanitaire et de gestion est un éternel air de pipeau joué par le lobby de la chasse. Après plus de 40 ans de trêve dans le Canton de Genève, on ne constate ni pullulation ni cataclysme particulier. Osons arrêter cette maladie de la gestion, essayons et nous verrons.

Quels modes de chasse vous semblent-ils plus respectueux ?

La meilleure chasse pour le chevreuil est la chasse photographique. Elle demande infiniment plus de subtilité, de patience, de connaissance du comportement de l’animal que de lui tirer dessus.

Comment le retour des grands prédateurs pourrait-il influencer la chasse ?

Il ne pourrait être que bénéfique pour la végétation et la faune sauvage. Les prédateurs capturent de préférence les animaux faibles ou malades, ce qui évite la propagation des épidémies et préserve les individus les plus aptes à la reproduction. Les chasseurs devraient donc avoir la noblesse de laisser leur part aux prédateurs naturels.

Qu’est-ce que vous reprochez aux défenseurs de la chasse ? Sous des prétextes discutables de gestion, le chasseur cherche avant tout à assouvir sa passion, rien d’autre. Il sème la mort et la terreur, les animaux sauvages se font plus méfiants et moins nombreux. Et tant pis pour ceux qui les aiment. Mon reproche en un mot : égoïste.

En Suisse

Avec 41'000 individus tirés par an en moyenne, le chevreuil est l’espèce la plus chassée du pays. En 2015, 29'629 personnes détenaient un permis de chasse, soit 0,35 % de la population pour une densité de 0,7 chasseurs/km2.

En France

En moyenne, le nombre de chevreuils abattus s’élève à 520'000 par an. Après le sanglier, cet ongulé est la proie la plus chassée. Il y aurait environ 1 million de chasseurs dans l’Hexagone, ce qui correspond à 1,5 % de la population et à une densité de 1,8 chasseurs/km2. De ce fait, la France est le territoire européen le plus fortement chassé devant l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie.

Retrouvez tous les articles du dossier : Le chevreuil sort du bois.

Couverture de La Salamandre n°239

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 239
Avril - Mai 2017
Article N° complet

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