Chauds, les bourdons

Bourdon en infrarouge / © Arno Vlooswijk

Enterré, le mythe des insectes à sang froid. Poids lourds parmi les abeilles, les bourdons produisent eux-mêmes la chaleur dont ils ont besoin.

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24 mars Trois jours après l'équinoxe de printemps, de méchantes giboulées secouent les buissons et de la neige blanchit la pelouse. Petite accalmie l’après-midi. Un seul insecte vole… d’ailleurs bruyamment. L’increvable reine des bourdons va de fleur en fleur et se glisse entre les pétales comme si de rien n’était. Sorcellerie ? A l’école, on apprend que les insectes subissent passivement les aléas de la météo et qu’ils ont besoin de chaleur pour se réveiller. Les bourdons font beaucoup mieux.

Pour voler, la musculature de leurs ailes doit atteindre une température minimale de 30°C, idéalement 38 ou 39°C. Alors, ils produisent eux-mêmes cette chaleur en frissonnant. Les paires de muscles antagonistes qui actionnent leurs ailes se contractent en même temps, ce qui chauffe au lieu de produire un mouvement. Leur épaisse fourrure isolante limite les pertes thermiques… et le tour est joué !

Grâce à ce talent qu’ils partagent avec certains gros papillons de nuit, les bourdons peuvent butiner presque par tous les temps de l’aube au crépuscule. Un coup de froid ou un simple nuage fige les abeilles domestiques, eux continuent imperturbablement leur labeur. Cette propriété extraordinaire en fait des butineurs incontournables en haute montagne et dans les pays nordiques. Certaines espèces peuvent même rester actives au-dessous de zéro degré. En fait, ce que ces insectes craignent, c’est plutôt la surchauffe. Car, si leur musculature atteint 44 °C, c’est la mort. Voilà pourquoi, contrairement à beaucoup d’autres abeilles qui prospèrent en climat méditerranéen, les bourdons préfèrent les climats frais et tempérés. C’est d’ailleurs en Asie centrale et dans l’Himalaya, contrées plutôt froides dont ils sont probablement originaires, qu’on trouve la plus grande diversité de ces hyménoptères.

Contre le chaud, circulation !

Les bourdons sont des maîtres de la thermorégulation comme l’illustrent ces photos en infrarouge. La chaleur est produite par les muscles du thorax et aussi probablement par la combustion de réserves de sucre. Conditions pour un tel exploit ? Une relativement grande taille pour un insecte et une musculature très développée. Pour éviter un échauffement excessif, une partie de la chaleur est évacuée dans l’abdomen via la circulation du sang. Si nécessaire, la diffusion de ce fluide refroidisseur est stimulée par de puissantes contractions de l’abdomen.

Contre le froid, antigels !

Pour parvenir vivantes au bout de l’hiver, les reines des bourdons doivent avoir de bonnes réserves de graisse et un jabot rempli à ras bord de nourriture. Pour un bourdon terrestre, cela représente un poids limite de 0,6 gramme. Au-dessous, point de réveil… Si, malgré la fourrure isolante, la température du corps se rapproche de zéro, le métabolisme du bourdon produit en grande quantité du glycérol, un antigel qui freine la formation de cristaux de glace. Une assurance vie qui ne suffit pas toujours.

Bourdon recouvert de givre. / © Paul Hobson / NPL

Couveuse à 30°C

Que le nid des bourdons soit caché dans la litière ou sous terre, il est toujours isolé avec des herbes ou de la mousse. Mais au printemps, cela ne suffit pas pour atteindre les 30°C nécessaires au développement du couvain. Alors, les reines couvent leurs œufs en leur transmettant par le ventre la chaleur produite par les muscles de leurs ailes. Elles doivent visiter chaque jour des milliers de fleurs pour rassembler l’énergie nécessaire à ce travail… et en même temps ne pas trop s’éloigner pour que le nid ne se refroidisse pas. Quand naîtront les premières ouvrières, ce chauffage laborieux deviendra heureusement collectif.

Nid de bourdons / © John B Free / NPL
Couverture de La Salamandre n°226

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 226
Février - Mars 2015
Article N° complet

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