Chaud pour les oiseaux

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chaud pour les oiseaux

L’Atlas des oiseaux de France vient de paraître. Un véritable état des lieux de l’avifaune du pays qui accueille la COP21. La Salamandre interroge Nidal Issa, coordinateur de l’ouvrage pour la LPO.

 

Nidal Issa, l’Atlas des oiseaux de France est une véritable somme des connaissances actuelles sur les oiseaux du pays. Constate-t-on des effets du climat sur l’avifaune depuis le précédent état des lieux dans les années 1980 ?

Oui. Le changement climatique en France se traduit par une redistribution des oiseaux sur le territoire plutôt que par l’apparition ou la disparition d’espèces. Les oiseaux thermophiles progressent vers le nord par les principaux bassins versants et le long du littoral atlantique. A l’inverse, les espèces d’origine septentrionale régressent dans le nord-est du pays et dans les massifs montagneux. Le changement climatique accentue les effets de la détérioration des habitats en banalisant lui aussi l’avifaune. Les espèces généralistes profitent et les spécialistes plus exigeantes souffrent.

La fauvette mélanocéphale a par exemple dépassé le domaine méditerranéen en remontant vers le nord selon 3 axes de colonisation : le littoral basque depuis l’Espagne, la vallée du Rhône et la vallée de la Garonne.

Le guêpier d’Europe progresse également vers le nord depuis une trentaine d’années, augmentant sa répartition de 2,26 % en moyenne par an depuis l’atlas de 1985-1989. La grande majorité de son aire de reproduction se situe dorénavant au sud de l’isotherme de 20 °C de juillet au lieu de 21 °C. Cependant, les effectifs nicheurs se stabilisent voire déclinent depuis quelques années.

Le pouillot fitis niche dans les régions où les températures moyennes annuelles sont inférieures à 12 °C. Depuis 1989, ses effectifs en France ont chuté de 51 % et sa distribution s’est contractée de près de 25 %, essentiellement vers le nord-est du pays. Le déclin global de ce petit insectivore est attribué aux évolutions climatiques dans les aires de reproduction et d’hivernage ainsi qu’à la modification des habitats fréquentés en hiver.

Nidal Issa

Nidal Issa, coordinateur du tout nouvel Atlas des oiseaux de France métropolitaine, travaille au service étude du patrimoine naturel au pôle conservation de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

Il y a davantage d’oiseaux dans les pays chauds. Y aura-t-il plus de gagnants que de perdants chez les oiseaux de France? 

Non, les gagnants seront minoritaires. De l’ordre d’un tiers pour deux tiers de perdants. Le réchauffement climatique va induire dans les années à venir une augmentation du nombre d’espèces dans de nombreuses régions de France, mais c’est une évolution en trompe-l’œil. La moitié des 70 espèces d’affinité méridionale va progresser sur le territoire mais 28 % d’entre elles vont quand même régresser. Pour les espèces d’affinité nordique, un gros quart vont paradoxalement progresser mais la moitié vont se retirer. Les mêmes tendances sont prévues pour les effectifs et la démographie.

 

La COP21, quel que soit son succès, ne peut avoir que des effets lents et à moyen terme. Quels oiseaux semblent condamnés à disparaître de France d’ici 2050 selon vous ?

Il est difficile de prédire le devenir des espèces à long terme tant les processus écologiques influant sont complexes, multifactoriels et parfois antagonistes. Il est cependant probable que plusieurs espèces disparaîtront à plus ou moins brève échéance en France.

La rémiz penduline, dont la dernière preuve de reproduction remonte à 2008, a sans doute déjà disparu comme nicheuse régulière.

La pie-grièche à poitrine rose, dont l’effectif est tombé à moins de 10 couples en 2015, semble condamnée malgré des scénarios climatiques qui lui seraient favorables. Dans ce cas la détérioration des conditions d’hivernage et de migration joue beaucoup.

Dans un autre registre, le pingouin torda, et peut-être tous les Alcidés de France, délaisseront leurs falaises bretonnes pour celles plus au nord des îles Britanniques. Cette fois pour des questions ressources alimentaires dans des eaux marines perturbées et pêchées intensivement.

D’autres espèces sont également vouées à disparaître si la tendance se poursuit, comme les marouettes poussin et de Baillon, la bécassine des marais et le goéland cendré.

goéland cendré

Le goéland cendré est encore très commun en hiver, mais disparaitra-t-il bientôt en tant que nicheur ? (photo : Jean-Philippe Paul)

Que conseillez-vous au grand public pour agir simplement en faveur des oiseaux menacés par le réchauffement ?

Au niveau individuel, les actions pour la préservation des oiseaux passent par des gestes simples et généraux comme la préservation de l’eau, la réduction des déchets et l’économie d’énergie. Ces trois enjeux environnementaux touchent directement les habitats naturels ou artificiels des oiseaux sauvages.

La participation à des projets de sciences participatives, comme les atlas, contribue à l’amélioration des connaissances et de la compréhension des changements globaux. Ces résultats sont alors pris en compte dans les stratégies de conservation de la nature.

Enfin, à l’échelle collective, la mobilisation de la société civile autour des grands enjeux de biodiversité peut influencer les politiques environnementales. Et c’est justement le moment avec la COP21.

 

Propos recueillis par Jean-Philippe Paul

Photo à la une : Guêpier d’Europe par Kilimanjaro.

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