La chasse de l’écorcheur

Pie-grièche écorcheur avec une grande sauterelle verte dans le bec. / © Benoît Perrotin

Quand elle est à l'affut, on dirait un rapace en miniature. Rien n'échappe au regard acéré de la pie-grièche écorcheur et quand elle prend son envol, on ne donne pas cher de sa proie.

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22 juin

Tout comme l'année dernière, un couple de pies-grièches écorcheur a élu domicile dans un gros buisson enraciné dans l'alignement de la clôture. Aujourd'hui, les couleurs vives du mâle se détachent sur le fond vert olive de la haie d'érables champêtres. Sentinelle perchée au sommet d'une aubépine, il scrute le sol à l'affût du moindre mouvement. En contrebas, la prairie regorge de criquets. L'oiseau hyper-attentif tourne la tête tantôt à gauche, tantôt à droite, en haut, en bas... On dirait un rapace en miniature. Parfois, le corps incliné en avant, il suit du regard un hyménoptère trop rapide ou trop éloigné pour être intercepté.

20 juillet

Je retrouve un mâle – peut-être celui-là même que j'ai observé en juin – posé dans un roncier près du sol. Dans son bec, un criquet des mouillères. D'un vol sûr et direct, l'oiseau rejoint la branche morte de l'aubépine, son perchoir favori. Aussitôt sa proie avalée, le chasseur reprend sa séance d'observation, puis replonge. D'un bref plané entrecoupé de battements d'ailes, il fond sur sa proie. Arrivé à quelques centimètres du sol, il « papillonne » un instant sur place, peut-être pour mieux localiser ou identifier sa victime. Il a fait mouche ! Une heure plus tard, je le vois saisir un bourdon sur la route. Trop à découvert à son goût, il regagne immédiatement son poste d'affût.

23 juillet

La pie-grièche écorcheur capture occasionnellement des petits mammifères. Ce matin, le mâle a changé de poste. Perché au sommet d'un orme mort, il scrute les alentours. Et disparaît ! Le voici au sommet d'un prunellier, tenant dans le bec une grande sauterelle verte femelle. La proie fait presque la moitié de sa taille. Immobile un instant, il s'envole avec son butin qui fera très probablement le bonheur de ses jeunes.

Pie-grièche écorcheur en vol, avec sa grande sauterelle verte. / © Benoît Perrotin

Benoît Perrotin

Empalé, c'est pesé !

Comme sujet pour ce « Grand angle », le peintre vendéen Benoît Perrotin a choisi la pie-grièche écorcheur. Cette reine du bocage est une adepte des haies basses, touffues et riches en buissons épineux. Le prunellier, l'aubépine, l'églantier ou l'épine-vinette sont indispensables à cet oiseau pour y établir sa lardoire, un garde-manger constitué de proies empalées.
Les jours ensoleillés, il collectionne des brochettes de bourdons, libellules, sauterelles ou autres hannetons entiers ou en pièces détachées. Des réserves précieuses pour d'éventuelles périodes pluvieuses. Parfois, on y trouve même une musaraigne, une grenouille ou un lézard.

A l'automne, contrairement à la majorité des migrateurs transsahariens d'Europe occidentale qui se dirigent vers Gibraltar, l'écorcheur met le cap sur le sud-est. Après avoir traversé l'Italie ou les Balkans, il retrouve soleil et insectes en Afrique de l'Est.
Son retour début mai devient de plus en plus rare, au fur et à mesure de l'éradication des buissons et des haies en zone agricole. Heureusement, dans certaines régions, la reconstitution du bocage ou l'établissement de surfaces de compensation écologiques lui donnent un second souffle.

Plus d'infos

La Pie-grièche écorcheur, N. Lefranc, éd. Belin Eveil Nature

Le guide ornitho, L. Svensson, K. Mullarney et D.Zetterström, éd. Delachaux et niestlé

Les Passereaux d'Europe, P. Géroudet, éd. Delachaux et Niestlé

La Pie-grièche écorcheur, insectes n°144 - 2007

Fiche de l'inpn sur la Pie-grièche écorcheur

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

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