Chapeaux en déroute

Etroitement lié aux pâturages maigres, cet hygrophore en capuchon figure sur la liste rouge des champignons de Suisse. / © François Ayer

A l'instar des fleurs, certains champignons paient un lourd tribut à l'intensification des cultures. François Ayer, mycologue fribourgeois, s'intéresse au phénomène depuis plusieurs années.

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Article d'origine par

François Ayer

Quels changements observez-vous sur le terrain ?

Un véritable appauvrissement de la biodiversité de champignons des prés : des espèces banales comme certains psilocybes et agrocybes se développent parfois en grande quantité tandis que d'autres plus rares disparaissent rapidement.

Pourquoi cette banalisation ?

Ce sont surtout les épandages d'engrais qui favorisent certaines espèces nitrophiles, au détriment des champignons plus sensibles qui ne peuvent prospérer que dans les pâturages maigres.

Ces disparitions sont-elles définitives ?

Difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut du temps pour retrouver une part de la diversité d'origine. J'étudie le pâturage des Overesses, à Middes, dans le canton de Fribourg, où une trentaine d'espèces rares ont disparu suite à un engraissement du terrain. Heureusement, grâce à la reprise de l'exploitation par un agriculteur sensible à l'environnement, j'ai pu constater le retour d'une quinzaine de ces espèces en un peu plus de dix ans.

Quelles mesures préconisez-vous ?

Actuellement, les zones qui échappent aux engrais sont surtout situées en montagne. Cela permet la préservation de certaines espèces, mais pas de celles strictement liées aux basses altitudes. En plaine, les mesures de compensation agricoles sont insuffisantes, car elles favorisent surtout les prairies de fauche ou les jachères. Il est urgent de mettre en place des dispositifs de soutien aux agriculteurs mieux ciblés pour la conservation des prairies maigres.

Plus d'infos

Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage

Informations pour la foresterie, les champignons en forêt

Couverture de La Salamandre n°205

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 205
Août - Septembre 2011
Article N° complet

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