Tombeur de géants

Ce castor a décidé de s'attaquer à un gros tronc. / © Vincent Munier

Avec l'éléphant et l'homme, le castor est le seul animal capable de couper des arbres. Quand il s'aventure à terre, le plongeur devient bûcheron.

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Dans l'eau, le castor est rapide et silencieux. Mais à terre, il se déplace lourdement. On dirait une grosse marmotte courte sur pattes handicapée par ses larges palmes. Pourtant, il doit aller à terre, de préférence la nuit tombée, pour faire ses courses. Ses abordages se font toujours avec la plus grande vigilance. Le rongeur aquatique ne s'éloigne guère de ses toboggans qui lui permettent de plonger à la moindre alerte. Ses expéditions les plus audacieuses l'emmènent au grand maximum à vingt ou trente mètres de l'eau.

Que vient-il donc chercher ? Des herbes de toute sorte qu'il broute volontiers à la belle saison. Mais aussi des arbres que ses dents prodigieuses sont capables d'abattre. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas tant le bois terriblement indigeste mais bien l'écorce juteuse et ces millions de bourgeons ou de feuilles qui frétillent hors d'atteinte dans le ciel. En coupant des troncs, le rongeur rapporte à sa hauteur une nourriture inaccessible aux autres mammifères herbivores.

Un large tronc patiemment taillé en crayon par un castor. Bientôt l'animal pourra atteindre ses feuilles appétissantes. / © Vincent Munier

Les quatre incisives du castor, robustes et tranchantes, lui sont indispensables pour se nourrir. / © Laurent Ballesta

Le jeu en vaut la chandelle : étalées les unes à côté des autres, les feuilles d'un saule de taille moyenne recouvrent la surface d'un court de tennis. Un sacré plateau gourmand, haché menu avec délice.
Malin, le castor sélectionne les candidats les plus intéressants. Des saules et des peupliers au bois tendre, infiniment plus faciles à couper que des frênes ou des merisiers. Et surtout des troncs de petite taille. L'écrasante majorité des bois coupés mesure en effet moins de huit centimètres de diamètre. Pour un travail de coupe très réduit, il dispose d'un maximum de feuilles et de branches d'une taille facile à transporter. Car le chantier ne fait que commencer...

Ce schéma nous montre la dentition du castor, notamment les racines extrêmement longues des incisives. / © Source: publication FCPN

Ciseaux à bois

Le castor dispose d'outils redoutables : ses quatre incisives. Couvertes d'un émail ultrarésistant orange, elles coupent le bois le plus dur et même du métal. Elles sont si tranchantes et solides qu'on les utilisait autrefois comme ciseaux à bois. Ces dents poussent en permanence. Le rongeur les aiguise en les usant les unes contre les autres. Les incisives inférieures sont les plus longues. Elles mesurent 15 cm et prennent racine à l'arrière de la mandibule. Ce sont elles dont les trois derniers centimètres nous sont visibles... et non les dents du haut comme le suggèrent les dessins de Derib dans Yakari.

Aller plus loin

La minute nature ép. 1 : L'éléphant ou le castor?

Lisez aussi La nuit des grands copeaux pour connaître les secrets du chantier des castors

Couverture de La Salamandre n°211

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 211
Août - Septembre 2012
Article N° complet

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