Braconnage des pinsons, la LPO dit stop!

Avatar de Jean-Philippe Paul
- Mis à jour le
Publié par

LPO Yves Verilhac et pinson du nord

La LPO est au front de la protection des passereaux avec l’affaire des pièges illégaux à pinsons. Son directeur général, Yves Verilhac, répond à La Salamandre.

 

Yves Verilhac, depuis le temps que la Ligue pour la Protection des Oiseaux dénonce ce type de braconnage, qu’est-ce qui a changé en France?

Rien, ou presque. Les gouvernements de gauche comme de droite couvrent cette délinquance environnementale. Il semble qu’il y ait un peu moins de pratiques, mais c’est sans doute dû à l’âge des contrevenants. Le nombre de procès verbaux dressés est ridicule : seulement deux l’an dernier. Il semble que les braconniers veillent à ne pas dépasser une soi-disant tolérance de la part de l’Etat qui demande, oralement bien sûr, de ne pas verbaliser lorsqu’il y a moins de 30 matoles (pièges). Nous avons porté plainte auprès de l’ONCFS plutôt qu’à la gendarmerie. Lorsque nos plaintes aboutissent, elles sont traitées par transaction avec les braconniers. Pas de procès, pas de possibilité de mettre en avant la récidive, pas de suspension de permis de chasse, pas de médiatisation… Il y a une sorte d’omerta couverte par une poignée d’anciens élus de la République qui défendent une tradition.

 

Les chiffres d’oiseaux tués sont choquants, mais pas plus que ceux tués légalement à la chasse. Si le problème c’est l’illégalité non punie, pourquoi ne pas porter plainte contre l’état ?

Les fédérations de chasse elles-mêmes demandent régulièrement à l’Etat de régulariser la situation et de rendre légal ce trafic! En 2014 la Fédération des chasseurs des Landes demandait des autorisations pour capturer 30’000 ortolans. En 2015 ils reviennent devant le Conseil national de protection de la nature pour demander à pouvoir tuer 240’000 pinsons des arbres après l’avoir fait pour 50’000 pinsons du nord.

Bien sûr, cette opération coup de poing n’est qu’une toute petite partie de notre activité pour mettre un terme à ces pratiques. Oui, une plainte a été déposée à l’Union européenne contre la France. Oui, nous écrivons régulièrement à l’Etat français, aux Préfets, aux Ministres compétents etc.

La Ministre en charge de l’écologie, Ségolène Royal, interpelée à l’Assemblée Nationale le 11 novembre dernier sur le sujet répond… qu’il ne s’agit pas de piégeage de pinsons mais d’alouettes, autorisé par dérogation.  Or, les installations pour les alouettes ne sont jamais près des maisons. La Ministre a ajouté qu’elle allait réunir les différentes parties sur le sujet.

 

On dit que plus de 4 millions de grives et des centaines de milliers de vanneaux huppés sont tués en France chaque année. C’est légal, mais est-ce acceptable ?

Nous venons d’écrire au Président de la Fédération nationale des Chasseurs, organisation récemment acceptée comme membre de l’UICN (!) pour lui rappeler que la France autorise la chasse de 90% des espèces chassables en Europe.

Une vingtaine d’espèces encore et toujours chassées en France sont menacées ou quasi menacées, dont plusieurs au niveau mondial. Tant que la France n’aura pas réformé sa chasse elle ne pourra pas répondre aux objectifs de la Stratégie nationale de la biodiversité.

 

Propos recueillis par Jean-Philippe Paul

Trouvez ici la Pétition pour soutenir cette cause et des informations au sujet de cette actualité LPO.

Montage photo en Une : LPO France (portrait) et Daniel Bouvot (pinson du nord).

Articles sur le même sujet

Réagir