Le sacre du printemps

Article extrait du dossier Gloire et chute d'une reine bourdon
Bourdon terrestre au réveil. Premier repas: nectar de ficaires. / © Benoît Perrotin

Fourrure noir et or, vol vrombissant : voici la princesse des bourdons ! Un banquet de fleurs va la couronner reine.

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

8 mars Allons voir du côté du grand saule. Les chatons de cet arbre sont un self-service incontournable en début de saison. C’est un excellent poste d’observation pour guetter le réveil des butineurs les plus précoces. Parmi eux, il y a évidemment des abeilles, les seuls insectes qui se nourrissent exclusivement durant tout leur cycle de vie de ce que produisent les fleurs. Tiens, voici justement un gros aéronef velu qui vole bruyamment de branche en branche. Un bourdon terrestre, forcément une femelle fondatrice, seule de sa race à avoir passé l’hiver.
Au réveil, la priorité numéro un de notre princesse est son estomac. Le nectar sucré est son carburant de vol. Quant au pollen extrêmement riche en protéines, il permet une croissance rapide de ses ovaires. Deux semaines à peine à ce régime et elle sera prête à pondre. Ce sera alors enfin une vraie reine… couronnée par le printemps ! Mais encore faut-il qu’elle trouve un palais à sa mesure.
Quelques jours plus tard, elle commence à ratisser les environs en rase-mottes, longe un vieux mur de pierre, contourne soigneusement tous les obstacles. Puis zigzague à travers la pelouse et continue son exploration méthodique en lisière de la haie. Parfois, elle disparaît dans une touffe d’herbe ou s’engouffre dans une galerie de rongeur ou une fente entre deux cailloux. La reine des bourdons cherche le meilleur endroit où fonder sa colonie. Ce choix crucial va largement déterminer le succès ou l’échec de toute son histoire.

Le sacre du printemps chez les bourdons

Bourdon terrestre butinant une primevère du printemps. / © Benoît Perrotin

Reine des culs-blancs

Notre héroïne est un bourdon terrestre, l’une des espèces les plus précoces, les plus grandes et les plus largement répandues jusqu’au cœur des villes. On reconnaît ce « cul blanc » à ses deux écharpes orangées à l’avant du thorax et à l’abdomen ainsi qu’à une touche blanche très visible à l’arrière de son corps. Mais point de certitude car trois autres bourdons présentent les mêmes motifs. Les départager est affaire de spécialiste. Il n'empêche que vous pouvez déjà bien vous faire la main en consultant notre clé des bourdons.

Bourdons royalistes ou solitaires

Seul un dixième des 1965 espèces d’abeilles européennes forment de véritables colonies avec trois castes différenciées : femelles reproductrices ou reines, ouvrières généralement sans descendance et mâles. Parmi ces espèces sociales, il y a l’abeille domestique évidemment, les bourdons et encore quelques représentantes de la famille des halictidés. Presque toutes les autres abeilles comme la précoce osmie cornue sont solitaires.

Osmie cornue et bourdon terrestre se régalent du nectar produit par les bourgeons de saule. / © Benoît Perrotin

1965 espèces d’abeilles en Europe dont :

Le sacre du printemps chez les bourdons

Campagnol / © Benoît Perrotin

Campagnol K.O.

Pour faire leur nid, beaucoup de bourdons cherchent une cavité abritée des prédateurs et des intempéries. Le bourdon terrestre par exemple s’installe généralement dans une ancienne galerie de rongeur. Le nid d’herbes et de mousses qu’il peut y trouver renforce l’isolation thermique de la colonie et la protège des gelées tardives. Si malencontreusement le terrier est occupé, la reine des bourdons pourrait chasser ou même piquer mortellement un mulot ou un campagnol 100 fois plus lourd qu’elle ! Parfois, c’est un nichoir qui fera l’affaire, un trou dans un vieux mur ou le dessous du plancher d’une cabane de jardin.

Couverture de La Salamandre n°226

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 226
Février - Mars 2015
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir