Bleues ou charbonnières

Article extrait du dossier Mésange mi-démon
Couple de mésanges charbonnières nourrissant leurs nombreux becs affamés. / © Denis Clavreul

La vie de parents, c’est du sport ! A la fois semblables et différentes, mésanges bleues et charbonnières ont des stratégies bien à elles pour défendre leurs couleurs. Deux équipes, deux styles.

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Mésange bleue ou charbonnière ?

Mésange charbonnière chantant / © Denis Clavreul

Il a du souffle !

Chez la mésange bleue, le mâle arrête de chanter dès que sa femelle a pondu et commence à couver. Le mâle de charbonnière, lui, continue. La première nichée n’a pas encore éclos que les futurs pères pensent déjà au match suivant. La persistance du chant maintient un lien fort avec leur partenaire afin de l’encourager à s’engager pour une seconde nichée.

Tactique

Lors de la nidification, la processionnaire du pin et la tordeuse du chêne font partie des chenilles favorites des charbonnières et des bleues. Ce sont ces larves très caloriques dont les oisillons ont besoin pour grossir vite et bien. Toutefois, si ces proies ne sont pas encore disponibles à l’éclosion des œufs, les charbonnières coursent les araignées et choisissent les plus grosses. Puis, une fois que les chenilles atteignent le poids des araignées, priorité aux larves juteuses ! Aucune étude ne s’est penchée sur la stratégie des mésanges bleues. Mais comme ces deux oiseaux donnent une nourriture similaire à leurs petits, on peut imaginer qu’elles possèdent la même aptitude.

Mésange bleue avec un insecte dans le bec / © Denis Clavreul

A l’extérieur

Chez les bleues comme chez les charbonnières, la femelle se joint au mâle dans le nourrissage des jeunes. Une véritable course de fond durant laquelle le couple parcourt 15 km par jour pour chasser et transporter les chenilles nourrissantes. Les parents fournissent ainsi de 10’000 à 15’000 becquées pendant 18 jours. On estime que ce marathon fait perdre un tiers de leur poids à chacun d’entre eux.

Mésange bleue / © Denis Clavreul

A domicile

Les deux mésanges ont des stratégies de reproduction différentes. Le mâle de la bleue est couramment bigame et joue donc sur deux tableaux : il élève deux nichées à la fois avec deux femelles différentes. De son côté, la mésange charbonnière mâle est monogame et élève plutôt deux nichées à la suite avec la même femelle. Au sein d’une population de mésanges étudiées en Belgique pendant onze ans, entre 10 et 50% des femelles de charbonnières ont élevé une seconde nichée chaque année. Sur cette période, seulement trois mésanges bleues ont fait de même.

Sprint et endurance

Les charbonnières commencent à nicher plus tôt que les autres mésanges et finissent plus tard. Elles débutent dès la fin de l’hiver alors que la bleue attend parfois la mi-mai pour le coup d’envoi. Les charbonnières jouent les prolongations jusqu’en juin ou juillet alors que la majorité des autres espèces ont déjà bouclé la saison. Ce sont les couples les plus âgés qui mènent le plus de petits à l’envol. Et les oiseaux les plus expérimentés qui élèvent une seconde nichée avec succès.

« Un mâle cherche des proies dans les parterres du jardin, au milieu des pervenches en fleur, à quelques mètres du nichoir. J’avais l’impression qu’il prospectait au plus près, afin de réduire au minimum les déplacements et maintenir ainsi la fréquence des nourrissages. » / © Denis Clavreul

Test de paternité

Des études ont montré que les charbonnières mâles nourrissent préférentiellement les petits les plus vigoureux, qui quémandent le plus. Une explication ? Les plus costauds sont souvent ceux qui sont nés le plus tôt. Comme il s’est accouplé en premier avec la femelle, le mâle ravitailleur a plus de chances d’être le père de ces oisillons-là. Pour ceux qui suivent, rien n’est moins sûr, elle a pu lui faire des infidélités. Dans le doute, il privilégie les plus robustes. Les femelles, quant à elles, nourrissent autant les uns que les autres et donnent même la priorité aux plus faibles.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

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