Blanc passion

Article extrait du dossier Lumières sur le blanc
Harfang des neiges / © Vincent Munier

L'auteur des grandes photos qui illustrent ce dossier raconte sa fascination pour le blanc... et la genèse d'un double livre peu banal.

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

Lui aurait-on mis de la neige dans son biberon que cela n'aurait pas produit un autre effet ! Tout petit déjà, Vincent Munier accompagnait son père naturaliste et photographe à travers les tourbières brumeuses et les forêts profondes des Vosges. Peu à peu, le jeune homme se découvre une passion pour la nature dans ce qu'elle a de plus sauvage et de plus expressif. Sa carrière de photographe est fulgurante, son talent internationalement reconnu et sa fascination pour la couleur blanche intacte comme au premier jour.

Vincent Munier, qu'est-ce que le blanc pour vous ?

Tout simplement ce qui me plaît. Dès que la neige arrive, j'ai le sourire en banane ! J'aime la neige parce qu'elle efface le superflu en nous ramenant à l'essentiel: l'architecture d'un arbre, le grain d'une pierre ou la structure d'une graminée. Une trace, une ombre suffisent pour dessiner des calligraphies uniques. La neige m'apaise, je m'y sens bien.

Est-ce un sujet difficile pour un photographe ?

Je ne crois pas. Mais il y a une multitude de couleurs dans le blanc de la neige. Ça tire parfois vers du bleu glacial, du jaune ou du magenta. En 2006, je me suis régalé en consacrant un livre entier à la couleur blanche. En revanche, imprimer « Blanc nature » a été très difficile.

Vous venez de sortir « Solitudes », somptueux livre en deux tomes qui présente à nouveau des images d'un rare dépouillement. Pourquoi ce titre, solitudes ?

C'est la solitude de l'animal dans l'image. Et celle de l'homme qui vient à sa rencontre. Cette solitude est un trésor, un état rare et précieux que je recherche dans les espaces vierges, des crêtes des Vosges jusqu'aux déserts glacés de l'Arctique. Les rencontres sauvages que je fais sont le reflet de cette quête, silhouettes dans la brume, ombres mouvantes…
Parfois, mes images représentent des animaux très rares que beaucoup de gens rêvent d'apercevoir, mais pour moi, le sujet devient secondaire par rapport à la composition de l'image. Peu importe si c'est une mésange photographiée dans mon jardin ou un loup blanc découvert aux confins du Groenland. J'essaie surtout de jouer sur l'opposition entre le vide et le plein, entre le blanc et le noir en m'inspirant de certains peintres japonais.

D'où vous vient cette forte sensibilité pour l'esthétique du pays du Soleil levant ?

Gamin, j'ai été marqué par un reportage découvert dans un magazine. Un photographe japonais y présentait des cygnes chanteurs photographiés sous la neige. Cela m'avait ébloui. Puis j'ai découvert les grues blanches d'Hokkaido dans un documentaire de la BBC. Il fallait que j'aille les voir, ces grues… Ce fut une expérience mémorable! Et puis, en plus des oiseaux et des paysages somptueux, j'ai découvert une culture extraordinaire et en particulier le sumi, une technique d'encre de Chine travaillée en dégradé sur feuilles blanches. C'est très beau. Le blanc a une grande importance pour les Japonais.

La neige vous rassure, mais c'est aussi un danger potentiel…

Et même un véritable enfer ! Les grands déserts blancs où j'aime aller sont extrêmement dangereux. Quand le blanc brûle, cela peut faire très mal. Le blanc peut nous perdre peu de temps après nous avoir donné un bonheur inouï. Dans l'Arctique, j'ai vécu des blizzards terribles. C'est là que j'ai eu le plus peur, que je me suis senti le plus petit.
Un jour, j'ai cru que j'allais y passer. C'était sur l'île Banks à l'extrême nord du Canada. J'avais commis l'erreur impardonnable de m'éloigner un peu de mon camp de base sans emporter le minimum vital : une pelle, à manger et un duvet en cas de pépin. Le whiteout est tombé sur moi en un instant. C'était une tempête d'une extrême violence. J'étais à moins d'un kilomètre de ma tente et j'ai dû marcher trois ou quatre heures pour la retrouver. La nuit était tombée, je commençais à suer, mon GPS ne voulait plus marcher tellement il faisait froid… Cette erreur a failli me coûter la vie.

Vincent Munier

Vincent Munier

  • 1976 Naissance à Epinal. 1988 Son père lui confie un appareil photo et le laisse dormir seul une nuit en lisière. Premières images.

  • 2000 Lauréat du prestigieux concours BBC Wildlife Photographer of the Year.

  • 2004 Publie Tancho qui illustre en images sa rencontre avec les grues d'Hokkaido.

  • 2006 Publie Blanc nature

  • 2012 Sélectionné par le Natural History Museum de Londres comme l'un des dix plus grands photographes de nature.
  • 2013 Publie l'éblouissant Solitudes
Couverture de La Salamandre n°220

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 220
Février - Mars 2014
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir