Berceaux-cercueils pour les pies-grièches?

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Les pies-grièches utilisent beaucoup de plastique pour construire leur nid. Problème, ce matériau pratique et solide peut devenir un véritable piège mortel.

L’un des trois derniers couples connus de pies-grièches grises dans le Jura a été pris à « son propre piège ». Le 30 mai dernier un jeune presque émancipé a été découvert prisonnier de son nid. Patte cassée et pied atrophié, il n’a pu se libérer des liens en plastique qui constituaient son berceau.

Le phénomène n’est pas nouveau, beaucoup d’oiseaux opportunistes utilisent nos déchets pour agrémenter leur nid. Légers et solides, les résidus de plastique proviennent essentiellement des ficelles et autres filets agricoles pour balles rondes. Absents en apparence pour l’oeil humain, il semble que les oiseaux en trouvent partout. Certains modèles sont de véritables maillons de noeuds coulants (> photo). Les pies-grièches, petits passereaux prédateurs très menacés, semblent particulièrement concernées. Leur bec crochu et puissant permet probablement de prélever facilement cette matière dans la nature. Le constat est effarant : la totalité des nids de pie-grièche grise observés ces dernières années dans le Jura sont partiellement en plastique. Des études polonaises ont montré que plus de 8% des jeunes et même des adultes restent prisonniers et pendus dans leur nid. En Bourgogne, c’est un poussin de pie-grièche à tête rousse qui a été retrouvé mort au nid en juillet 2012. Et qui sait ce qu’il en est pour la pie-grièche écorcheur, encore commune, qui cache son nid au plus profond des buissons? Quatre des cinq espèces de pies-grièches vivant en France font l’objet d’un plan national d’actions.

L’ampleur du phénomène est difficile à évaluer et la solution consistant à modifier les techniques industrielles de l’agriculture moderne parait utopique à moyen terme.

On touche peut-être ici à une très importante cause aggravante de surmortalité chez la pie-grièche grise. Ce passereau sédentaire a disparu de Suisse et reste l’oiseau qui a connu le plus extraordinaire déclin en France durant ces dernières décennies.

Sources : Frédéric Ruffinoni, Jean-Philippe Paul et Pierre Leclaire

Image : Jean-Philippe Paul

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