Bédégar, tête en pétard !

Article extrait du dossier La vie en roses
Le bédégar peut atteindre 10 cm de diamètre, en particulier lorsqu'il abrite plusieurs espèces différentes. Cette galle apparaît plus fréquemment sur des rosiers sauvages maladifs que sur des plantes vigoureuses. / © Antoine Richard

Cela intrigue, fascine ou dégoûte. Tout le monde l’a touché un jour, peu de gens savent ce que c’est. Son nom vient tout droit du persan. Son origine ? Une guêpe qui passe sans se faire remarquer et pond en douce dans le rosier.

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Au fil de l'été, d'étranges pompons bigarrés font parfois leur apparition sur les rameaux de l'églantier. On les appelle communément barbe de saint Jean ou bédégar, un nom qui signifie en persan « emporté par le vent ». Le bédégar est en réalité une galle, autrement dit une excroissance végétale provoquée par la ponte d'un insecte parasite. Certaines plantes réagissent à l'agression en construisant des billes, des soucoupes ou des fusées. Le rosier sauvage a plus de panache. Il isole l'un de ses agresseurs – le cynips de l'églantier – dans une perruque rouge extravagante.

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En avril ou en mai, le cynips de la rose émerge d'un bédégar desséché après avoir creusé une galerie. Long de 4 mm, l'insecte a des yeux proéminents, le thorax noir et un abdomen ambré.
La larve passe l'hiver sous forme de prépupe. La transformation en pupe a lieu en février ou en mars, soit quelques semaines avant l'émergence.
Quelques heures après sa naissance, la femelle commence à pondre ses œufs dans le bourgeon foliaire terminal d'un rosier sauvage, surtout Rosa canina. Avec sa tarière dépliée pour l'occasion, elle injecte un seul œuf par cellule épidermique.
La larve grandit durant tout l'été, mais moins vite que la galle. En septembre, ses yeux apparaissent. En août, la galle arbore sa plus belle chevelure. Elle peut atteindre 10 cm de diamètre.
Douze à 18 jours après la ponte, les cellules végétales commencent à se différencier : elles s'hypertrophient, puis prolifèrent au voisinage immédiat de chacun des œufs.
Au 25e jour, l'œuf éclôt dans une petite chambre douillette. La larve se nourrit de liquide et des jeunes cellules qui tapissent la cavité.

Les mâles au placard

Tout commence au printemps. Le cynips, une guêpe à peine plus longue qu'un aiguillon de rose, émerge d'un bédégar usé par l'hiver. C'est une femelle, comme plus de 95% de ses congénères. Chez cette espèce parthénogénétique, les mâles sont presque superflus. Les mères peuvent donner naissance à des lignées de femelles identiques, sans avoir besoin d'être fécondées.

Sitôt émergé, l'insecte explore un églantier avec ses antennes, à la recherche d'un bourgeon accueillant. Quand il l'a trouvé, il déploie sa tarière, l'introduit sous une écaille et, avec une précision chirurgicale, dépose ses œufs dans le pétiole ou dans la nervure centrale des petites feuilles en devenir. Deux semaines après la ponte, la plante commence à réagir. Les cellules végétales s'élargissent et se mettent à proliférer.

Bon appétit les petits

Les larves naissent dans de petites chambres individuelles tapissées de cellules appétissantes. Elles s'en nourrissent aussitôt, ce qui stimule encore la croissance de la galle. Le bédégar atteint sa taille maximale quatre à huit semaines après la ponte. Les larves se nourrissent encore tout l'automne puis se nymphosent pour passer l'hiver au cœur de ce berceau excentrique.

Quand le cynips s'en va

Si le cynips de la rose est à l'origine du bédégar, il n'est pas le seul à en profiter. Et de loin ! Lors d'une étude menée en 2006 au Luxembourg, des biologistes ont dénombré dans les galles pas moins de dix autres hyménoptères : de simples squatters, des prédateurs ou encore des parasitoïdes, comme Orthopelma mediator, qui pond ses œufs à l'intérieur des larves du cynips, ou Torymus bedeguaris , qui les boulotte par l'extérieur. Attirés par cette vie foisonnante, des oiseaux et des fourmis sèment volontiers la pagaille, tandis que des araignées squattent les loges désertées par leur habitant.

Remède multiusage

On attribuait autrefois de nombreuses propriétés médicinales, voire magiques, au bédégar. Les galles se portaient en amulette autour du cou, en prévention contre la coqueluche ou les maux de dents. En Allemagne, on les glissait sous l'oreiller en guise de somnifère, tandis qu'en France on mettait de la « mousse d'églantier » dans les langes des enfants souffrant de coliques. Même l'Eglise italienne prêtait foi à leurs vertus : les curés de la Péninsule s'en servaient parfois comme goupillon.

Découvrez tout un autre monde de galles, avec le petit peuple du pétiole de peuplier !

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

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