Que de vie à Lesperi !

Genêts cendrés dans le vallon de Lesperi. / © Gérard Grassi

Envie de papillons foisonnants, de prairies multicolores et de rapaces majestueux ? Rendez-vous en vallée de la Sye, au pied du Vercors.

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Balade dans le Vercors, que de vie à Lesperi ! - la Salamandre gerard grassi

Gérard Grassi, coordinateur de l'association Lysandra

La bise file sans effort le long du ruisseau du Font Pérot. Son souffle frais descend tout droit des Alpes. Nous sommes dans la discrète vallée de la Sye, là où le Vercors rencontre les avant-postes de la Provence. 6h55, onze vautours fauves patrouillent déjà dans le ciel matinal du mont Saint-Pancrace. Leurs lents battements d’ailes saluent le top départ de notre randonnée vers le vallon de Lesperi. «Le vautour percnoptère ne niche plus depuis deux ans, mais il reviendra», pronostique Gérard Grassi. Le naturaliste connaît parfaitement ce petit paradis de la Drôme. L’oiseau charognard à tête nue s’aventure encore ici de temps en temps. Et si la chance nous souriait ?

L’orchestre buissonnier

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Brin de genévrier

Il faut d’abord passer le hameau de La Rivière avant de laisser celui des Arthauds sur la gauche. Les notes flûtées que nous entendions depuis le gîte cette nuit provenaient de là. Le hibou petit-duc vit donc parmi ces bâtisses à tuiles rondes et ces jardins peuplés d’artichauts. Le sureau noir partage les rives de la Sye avec la hièble. Dans le feuillage dense de ces deux faux frères végétaux résonne un concert inédit de rossignols déchaînés. Encore quelques parcs privés à longer. Les strophes des serins cinis et des bruants zizis grésillent au sommet des cyprès et des arbres fruitiers. Voici enfin l’entrée du vallon sauvage. L’accueil est assuré par l’un des plus habiles imitateurs de l’école de musique buissonnière, le bien nommé hypolaïs polyglotte.

L’élan des parfums

Les abords du sentier sont parsemés de dizaines d’orchis boucs. Ces orchidées enguirlandées ne sont pas gâtées par les dieux des odeurs. Par chance, le maquis que nous pénétrons a un autre ambassadeur olfactif. A hauteur de narines, le chèvrefeuille des Baléares est en pleine floraison. Ce délice floral enivrant est décuplé dans la fraîcheur du matin. Comme drogué par les effluves de cette caprifoliacée, on ne remarque même pas la grimpette et le chemin qui devient lacet. Les chênes verts contestent le vent du nord de leur accent méridional. Parmi eux, les buis font grise mine. Ils sont assaillis par de menus papillons de nuit couleur vanille-chocolat. La chenille de la pyrale du buis fait des ravages cette année en France, et la Drôme semble particulièrement touchée par l’insecte venu d’Asie. La nuit dernière, leurs nuées prenaient des allures de tempête de neige dans les phares.

Bon pied bon œil

Quelques cailloux dégringolent tout à coup de la petite falaise qui nous surplombe. Un chamois ! Gérard Grassi l’avait promis. «Le chamois des lavandes». L’animal siffle aussitôt son avertissement. Chaque année, l’association Lysandra organise des comptages du mammifère emblématique sur les 500 hectares de forêts escarpées qui courent entre les monts Saint-Supière et Saint-Pancrace. «On en dénombre entre 60 et 80 sur ce secteur, c’est un chiffre stable après un déclin important il y a dix ans», précise le naturaliste, heureux de montrer facilement cet animal aux enfants et aux randonneurs lors de ses animations. Les falaises et corniches constituent d’ailleurs un habitat emblématique du circuit. Grand-duc d’Europe, martinet à ventre blanc, hirondelle de rochers et faucon pèlerin se partagent le monde vertical avec le choucas des tours et le grand corbeau. «On a même le papillon apollon», ajoute fièrement l’expert.

Prés en folie

A propos de papillons, c’est un véritable bain que l’on prend lorsque le soleil commence à chauffer les prairies. ça vole de partout. Gazés, demi-deuils, azurés, damiers, mélitées… Quand les ascalaphes et les zygènes s’en mêlent, c’est un festival inouï. Il faut dire que côté fleurs, la vue est à couper le souffle. Le vert est parfois minoritaire tellement les pétales roses, jaunes, blancs, pourpres ou bleus foisonnent. C’en est presque étourdissant. «Entre pâturage intensif et abandon à la forêt, on essaie de conserver deux orchidées patrimoniales de nos pelouses : l’orchis tridenté et l’ophrys de la Drôme», précise Gérard Grassi qui a aussi une activité d’inventaire et de conseil en gestion écologique.

Sous les ailes de l’aigle

Nous n’avons pas vu de vautour percnoptère. Mais deux aigles majestueux nous ont survolés sur le plateau du Savel. Le blanc circaète d’abord, en quête d’un serpent, coronelle girondine ou couleuvre d’Esculape. Le sombre aigle royal ensuite, qui recolonise paraît-il cette vallée paradis.

Découvrez l’association Lysandra ici.

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Prairies fleuries. Nombreuses orchidées dont l’ophrys de la Drôme. Chercher la pie-grièche écorcheur et l’alouette lulu.
Pelouse buissonnante. Royaume de la fauvette passerinette et de la couleuvre d’Esculape.
Corniches. Guetter les vautours, l’aigle royal et les chamois.
Mares et étangs. Nombreuses libellules, grenouilles, pélodyte ponctué.
Observer les oiseaux rupestres dans la grande falaise.
Nombreux papillons, fleurs et arbustes du maquis méditerranéen.
Profiter de l’ombre des châtaigniers.

Distance : 9,8 km

Dénivelé : 410 m de montée

Durée : 7h00

Variante :

Distance : 2,4 km (aller et retour)

Dénivelé : 75 m de montée

Durée : 1h00

Votre itinéraire

  • (1) Départ du gîte de Charousse en cas d’hébergement sur place.
  • (2) Départ possible des Arthauds. Bien prendre le sentier parallèle à la route principale et balisé jaune et vert pour éviter les propriétés privées.
  • (3) Franchir la clôture, troupeau et chiens possibles.
  • (4) Aller jusqu’à la route du ranch pour trouver le sentier qui monte à l’est.
  • (5) Profiter de la vue depuis la crête rocheuse.
  • (6) Choisir ou non la variante.
  • (7) Suivre le sentier malgré les panneaux « propriété privée ramassage de châtaignes et champignons interdits ».
  • (8) Longer les propriétés privées sous le château puis retrouver le large chemin après 5 m d’escaliers.

Variante :

  • (6b) Aller et retour au pied ouest du mont Vautour.
  • Alternatives : en sens inverse pour varier les plaisirs ou l’après-midi pour finir dans une ambiance crépusculaire avec les engoulevents.

Accès en transports publics

Bus pour Aouste-sur-Sye. Horaires ici.

Matériel & règles d'or

  • Fortes chaleurs et orages fréquents.
  • Ne pas cueillir les fleurs.
  • Chiens de troupeaux possibles.

Manger & dormir

Gîte de Charousse, cadre naturel grandiose, très calme, accueil bienveillant, ambiance alternative. Point de départ idéal.

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© Latitude-cartagène / Contributeur de OpenStreetMap

Compléments week-end

A) Crest Cette cité médiévale abrite le plus haut donjon de France. En été, des visites guidées présentent la vieille ville et son passé : la Chapelle et l’escalier des Cordeliers, la Porte Montségur… La ville accueille en août un très renommé Festival de Jazz Vocal.

B) Vallée de la Gervanne C’est l’une des portes d’entrée du Parc naturel régional du Vercors. Les gorges d’Omblèze sont incontournables, tout comme le village perché de Cobonne. C’est le royaume des plantes aromatiques et médicinales.

C) Pays de Saillans Bienvenue entre vignes, lavandes et vallée de la Drôme, l’occasion de déguster la fameuse Clairette de Die et le fromage de chèvre Picodon. Saillans abrite une église romane classée du XIIe siècle.

D) Die Le Diois s’étend de la Drôme provençale aux falaises du Vercors. Ce cadre naturel est propice à la randonnée et à la rencontre d’un terroir préservé résolument tourné vers l’agriculture biologique. > biovallee.fr

Continuez avec une autre escapade à la Greina au cœur des Alpes suisses.

Découvrez un livre original dédié à l’approche photographique des plus belles et étonnantes fleurs sauvages qui vivent près de chez nous : les orchidées.

Couverture de La Salamandre n°240

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 240
Juin - Juillet 2017
Article N° complet

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