Sous le soleil des Follatères

Vignoble en terrasses au-dessus de Branson en Valais / © Benoît Renevey

Peu avant de quitter le Valais, le Rhône caresse dans une dernière courbe des pentes sèches exposées plein sud. Bienvenue dans un paradis qui stridule de partout.

Avatar de Benoît Renevey
- Mis à jour le
Article d'origine par
Balade sous le soleil des Follatères - La Salamandre raymond delarze biologiste

Raymond Delarze, l'un des meilleurs connaisseurs des Follatères

En franchissant le canal de Gru au-dessous du village de Branson, le promeneur tourne le dos aux lignes géométriques de la plaine du Rhône dessinées par routes et canaux. Au-delà, le pied de la montagne impose ses courbes aux cheminements et aux ruelles des vieux villages. Avec ses affleurements rocheux, ses chênaies et ses pinèdes, ses prés secs, ses vignes et ses vergers exposés au sud, le coteau des Follatères est un trésor paysager que connaît bien Raymond Delarze. Ecologue de terrain fondateur d'un Bureau d’études biologiques, ce scientifique a parcouru les lieux pour sa thèse de doctorat puis à l’occasion d’un inventaire dans les années 1980. Le site fameux n’a plus de secrets pour lui.

Mosaïque aride

A la sortie du village, un appel nasillard et répétitif s’élève d’un bosquet près des vignes. Un torcol fourmilier marque son territoire. Autrefois, la forêt recouvrait l’essentiel des pentes. Ces étendues de feuillus ont d’ailleurs inspiré les noms de lieux tels que Follatères, du patois Feuillatayres, ou encore Fully. En défrichant pour cultiver et faire paître son bétail, l’homme a contribué à diversifier le milieu. Autour des terrasses de céréales, murs de pierres sèches, chemins caillouteux, buissons épineux et dalles rocheuses ont séduit fleurs, insectes et reptiles amateurs de soleil. Dans un muret composé de loess, une roche sédimentaire meuble, des centaines d'abeilles solitaires entrent et sortent d’une multitude de trous où vont naître leurs larves. Un vrai HLM à pollinisateurs.

Sous la loupe des botanistes

«L’exceptionnelle richesse des Follatères enthousiasme tous les scientifiques qui l’étudient» , raconte Raymond Delarze. Au début du XXe siècle déjà, un botaniste autrichien renommé se passionne pour le lieu et s’y installe pendant quelques années. Helmut Gams publie un ouvrage remarquable en 1927, décrivant dans le détail la flore qui s’étend des Follatères jusqu'aux sommets des Dents de Morcles. «Grâce au travail de ce pionnier, on a pu comparer nos relevés et mettre en évidence l’évolution de la végétation sur plusieurs décennies.» L’appauvrissement observé de la diversité végétale sur les pentes est une conséquence de l’abandon des cultures céréalières et de l’extension du vignoble. L'arrêt de la pâture par le petit bétail a favorisé la forêt au détriment des steppes déjà clairsemées à l'époque. Malgré tout, les lieux restent totalement exceptionnels.

A l’ombre des châtaigniers

Le chemin serpente entre de gros blocs de rochers. Dans ce chaos minéral, le châtaignier est roi. Traditionnellement cultivé sous forme de verger, il a donné son nom à un hameau tout proche. Ressource autrefois essentielle, la châtaigne est toujours fêtée chaque automne dans la commune de Fully. Un sentier muletier escarpé grimpe au cœur de la chênaie buissonnante. La diversité des arbustes est remarquable. Sur un talus herbeux, quelques orchis pyramidaux s’épanouissent dans une trouée de lumière.

Balade sous le soleil des Follatères - La Salamandre chataignier

Feuilles et fruits de châtaignier

Suspense dans la prairie

A la sortie du bois, des ascalaphes dessinent des arabesques au-dessus d’un pré fleuri. Ces voltigeurs aux allures de papillons-libellules sont liés aux pelouses sèches. Les graminées composent l’essentiel de ces milieux ouverts colorés par des lis, géraniums, orlayas, œillets, joubarbes et muscaris. Grillés par le soleil dans quelques semaines déjà, ces prés sont un véritable paradis pour les insectes. La redoutable mante religieuse y côtoie un prédateur encore plus impressionnant, la rare saga ou magicienne dentelée. Avec dix centimètres de long, cette sauterelle géante et nocturne décime grillons, criquets et autres grands insectes. Particularité notoire, les femelles pondent des œufs fertiles sans avoir été fécondées. Parfaitement immobile dans la végétation, la saga est presque impossible à voir. Il faut la chercher en été, lorsque les cigales saturent l'air brûlant de leurs stridulations.

Des alpagas pour les steppes

Aujourd’hui, les Follatères bénéficient d’un statut de réserve naturelle. Des travaux de débroussaillage ont permis de récupérer quelques hectares de pelouses steppiques. «L’enjeu actuel est de maintenir l’équilibre entre milieux ouverts et forêts», explique Raymond Delarze. «Anes, chèvres et même des alpagas nous aident à lutter contre l’embroussaillement, mais il faut être prudent. Une pâture mal gérée peut faire plus de mal que de bien.» C’est au prix d’interventions subtiles que les Follatères conserveront à long terme toute leur richesse.

Chargement

Les châtaigniers de ce verger font l’objet de soins attentifs à cause d'un champignon parasite arrivé d’Asie.

Les murets de pierres sèches du vignoble offrent de nombreuses cachettes aux lézards et aux serpents.

Cette chênaie abrite le lucane cerf-volant, l’un des coléoptères les plus gros d’Europe.

Le pouillot de Bonelli répète son trille court et puissant dans la pinède.

Les figuiers de Barbarie, cactus d’Amérique du Nord, apportent une touche exotique.

Distance : 10,8 km

Dénivelé : 613 m de montée

Durée : 4h30

Variante :

Distance : 3,3 km (trajet simple)

Dénivelé : 287 m de montée et 32 m de descente

Durée : 1h15

Votre itinéraire

  • (1) Départ depuis l’arrêt de bus Branson village. Monter à gauche à la hauteur de l’église.
  • (2) A la sortie du village, suivre le balisage direction Tassonières.
  • (3) Emprunter la piste finlandaise sur 200 mètres puis monter à gauche.
  • (4) A la hauteur du rocher, prendre à gauche.
  • (5) Suivre le balisage Champex d’Alesse.
  • (6) Descendre direction Branson.
  • (7) Prendre à droite un sentier peu marqué.

Variante :

  • (8) Emprunter le sentier pédestre direction Champex d’Alesse.
  • (9) Suivre Alesse télécabine si vous envisagez de descendre sur Dorénaz.

Accès en transports publics

Branson est bien desservi par des bus au départ de la gare de Martigny. Horaires sur cff.ch

Matériel & règles d'or

  • Les Follatères font partie des sites d’importance nationale. Des panneaux donnent quelques règles de comportement à l’entrée de la réserve naturelle.
  • Il fait parfois très chaud sur ce coteau exposé au sud. Glissez dans votre sac à dos crème solaire, chapeau, lunettes de soleil et suffisamment d’eau.
  • L’itinéraire emprunte des sentiers caillouteux ; de bonnes chaussures de marche sont indispensables.

Manger & dormir

Chambre d’hôte, l’Erable Rouge à Branson

Café Les Alpes, Terroir et Saveurs à Fully

Balade sous le soleil des Follatères - La Salamandre carte valais follateres

© Latitude-cartagène / Contributeur de OpenStreetMap

Compléments week-end

A) Saint-Maurice et son abbaye L’Abbaye de Saint-Maurice a été fondée en 515. Habité sans interruption depuis plus de 1'500 ans, le site ouvert en partie au public est riche d’une histoire exceptionnelle, unique dans le monde occidental chrétien.

B) Empreintes d'Emosson En août 1976, suite à un été particulièrement chaud, la fonte d’un névé révèle la présence d’empreintes pétrifiées dans la roche. Des reptiles plus anciens que les dinosaures ont laissé ces traces il y a 240 millions d’années.

C) Gorges du Durnand L’accès à ce défilé spectaculaire est possible grâce à des passerelles et escaliers en bois. Vous devrez gravir pas moins de 330 marches pour admirer les eaux tumultueuses se précipiter dans 14 cascades successives.

D) Bisse et glacier du Trient Belle balade au départ de La Forclaz le long du bisse du Trient. Ce parcours de 3 km jusqu’au Chalet du Glacier est facile même pour les enfants. Il offre de beaux coups d’œil sur la vallée et le glacier. Possibilité de poursuivre jusqu’à Vésevey au bas de la langue glaciaire.

Continuez avec une autre escapade printanière en France cette-fois-ci, dans l'Aveyron.

Couverture de La Salamandre n°239

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 239
Avril - Mai 2017
Article N° complet

Réagir