Palette d’hiver en Pilat

En cette fin d'hiver, il arrive parfois que les bords du Rhône se retrouvent saupoudrés de neige. / © L'île du beurre

Le printemps n'a pas encore explosé, mais la douceur méridionale du Pilat invite déjà les végétaux à s'épanouir. Avant-première botanique.

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Aux portes de Lyon et de Saint-Etienne s'élève un autel dédié à la biodiversité : le massif du Pilat. Un patchwork naturel qui réunit crêts escarpés, landes, forêts de conifères et tourbières. Pour l'aborder, un circuit en forme de montagnes russes emmène des rives du Rhône aux terrasses du pays de Condrieu jusqu'au fond d’un ravin rhodanien. Partout, sur ce tracé sans vertige, les premières fleurs se risquent à montrer le bout de leurs pétales.

Premières couleurs

Début de la quête des couleurs au seuil de l'île du Beurre, un îlot planté sur le fleuve. Le blanc, d'abord, avec la primevère acaule qui étale sur un talus humide ses feuilles gaufrées et ses pâles corolles. Puis, au bord du sentier, c'est le mauve de la petite pervenche et le pourpre de la violette des bois qui accrochent l'œil, alors que l'on quitte la forêt alluviale pour grimper le long du vignoble du célèbre Côte-Rôtie. Au bout de la montée vient le noir, avec, le nez au ras du sol, la rencontre inattendue d'une astrée hygrométrique. Dans sa robe sombre annonciatrice de son âge canonique, ce champignon rare aux allures de vaisseau spatial est percé de trous. De là se sont échappées ses spores, parties coloniser d'autres planètes.

Vert mousse

Laissons les hauteurs et la vue sur le fleuve pour nous glisser dans le ravin de l'Arbuel. Dans ce musée à ciel ouvert, des œuvres en camaïeu de vert s'étalent sur les vieux murs de pierres sèches. Des mousses du genre Grimmia poussent sur la roche en formant d'esthétiques coussinets. A leurs côtés, les nombrils-de-Vénus aux feuilles rondes et épaisses ne sont pas encore parés de leurs fleurs mais exhibent déjà un ombilic sans pudeur.

En remontant en haut du coteau, dernière étape de ce parcours enchanteur, l'exubérance des fleurs de l'amandier surprend par sa primeur. Elles offrent déjà leur cœur rose à des cohortes d'abeilles. Contraste de l'intersaison, les chênes pubescents portent encore leurs feuilles mortes, des oripeaux qui attendent d'être poussés à la chute par les tendres pousses. Ce sera pour bientôt : le printemps trépigne.

photo d'hellébore fétide

Hellébore fétide / © Fleur Daugey

Beauté fatale

Aussi appelé pied-de-griffon ou rose de serpent, l'hellébore fétide est une plante véritablement extraordinaire. On compare volontiers ses feuilles à des mains de sorcière et son odeur désagréable ajoute à son aspect insolite. Fortement toxique pour le cœur, elle a les mêmes effets que la digitale. Elle a pourtant été utilisée depuis l'Antiquité comme purgatif ou comme vermifuge, mais aussi pour traiter les désordres mentaux, l'épilepsie et les paralysies.

Cette vivace mesurant de 30 à 80 cm de hauteur a la particularité de fleurir en hiver et de garder des feuilles toujours vertes. Sa première floraison intervient à l'âge de quatre à neuf ans. La plante meurt après sa seconde. Ses fleurs en forme de cloche sont bordées d'un délicat liseré rouge bordeaux et abritent un attirant nectar entre les pétales. Le célèbre botaniste Gaston Bonnier (1853-1922) disait que sa douceur attire les abeilles quand elles se hasardent à quitter la ruche lors des belles journées d'hiver.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Des lônes aux terrasses

Les Roches de Condrieu > Condrieu > Centre d'observation de la nature > Semons > Condrieu

durée: 2h00

dénivelé: 294 m en montée, 146 m en descente

  • En sortant de la gare, traverser le Rhône (1).
  • Longer le fleuve en le gardant sur la droite jusqu'à parvenir au Centre d'observation de l'île du Beurre (2).
  • Après les deux observatoires, prendre à gauche sous le pont de la voie ferrée et suivre le sentier qui monte vers le vignoble jusqu'à Semons (3).
  • Après le belvédère, redescendre vers Condrieu par un chemin qui coupe les lacets de la route et ramène au point de départ.
  • Rejoindre le centre-ville de Condrieu pour enchaîner avec le second itinéraire.

Le ravin de l'Arbuel

Condrieu > L'Arbuel > Château du Rosay > Condrieu par l'Arbuel

durée: 2h30

dénivelé: 325 m en montée,147 m en descente

  • Au centre-ville, près du panneau du Parc, la Poste est sur la gauche (4).
  • Avancer au bout de la rue et prendre la rue Maurice Dubost (5).
  • Suivre l'Arbuel sur votre droite jusqu'au départ du sentier (6).
  • Le chemin longe le Château du Rosay (7).
  • Rentrer en contournant le château par « La Bonnette » (8).
  • Rejoindre le sentier de départ jusqu'à Condrieu.

Centre d'observation de la nature

Outre son sentier didactique, le Centre d'observation de la nature de l'île du Beurre propose des expositions et des animations à la découverte des curiosités naturelles locales.

Accès en transports publics

Train depuis Lyon jusqu’à Vienne puis, du lundi au vendredi, navette OÙRA jusqu'à Condrieu. La semaine et le week-end : train jusqu'à la gare de St-Clair-les-Roches-Les Roches-de-Condrieu. Horaires sur ter-sncf.com/rhone_alpes.

Hébergement et tuyaux gourmands

Office de tourisme de Condrieu : +33 (0)4 74 56 62 83

Chambres d'hôtes de la Caille. Le couple Chosson vous accueille chaleureusement dans sa maison avec vue sur le Rhône. +33 (0)4 74 59 58 09 ou +33 (0)6 87 35 68 39

Gîte Julie ou chambre d'hôtes Camille. +33 (0)4 74 56 17 83 ou +33 (0)6 22 09 64 16

Auberge de la Source, cuisine traditionnelle mais inventive et vue imprenable sur le Rhône. +33 (0)4 74 59 54 03.

La Taverne de Nikos, délicieux restaurant grec qui offre une carte originale et une cuisine authentique. +33 (0)4 74 59 32 37.

Les règles d’or

  • Prévoir des chaussures de randonnée, les sentiers peuvent être boueux et certains passages sont un peu raides.
  • Sur le sentier du Centre d'observation, les chiens doivent être tenus en laisse et il est interdit de cueillir des fleurs, de faire du feu et de camper.

Eclairage par Guillaume Chrognon

Guillaume Chorgnon

Guillaume Chorgnon

Guillaume Chorgnon, chargé de mission de l'Observatoire de la biodiversité, chapeaute une tâche d'envergure : rassembler toutes les données transmises par les volontaires pour mieux connaître la faune et la flore du parc du Pilat. Originaire de la Loire toute proche, le biologiste attend le printemps avec impatience car il a un faible pour les orchidées et les papillons de jour.

A) Domaine du castor « Le nom de l'île du Beurre dérive de l'ancien français bièvre, qui désigne le castor. Trois familles vivent sur cet îlot inaccessible à l'homme, une véritable communauté d'une vingtaine de rongeurs. Le sentier du centre d'observation, sur la rive, permet de les observer en train de nager ou de grignoter des branches au crépuscule... et même en plein jour ! »

B) Club de hérons « La héronnière de l'île du Beurre est une autre curiosité à ne pas rater. Un observatoire offre une vue imprenable sur la colonie de 60 couples de hérons cendrés qui investit les lieux dès le mois de février. Les échassiers construisent leurs nids dans de grands peupliers. Il s'agit de la plus grande colonie du département du Rhône. »

C) Vestiges de crues « Les bras morts qui ont permis la naissance des îles de la Chèvre et du Beurre sont nés des crues du Vieux Rhône et sont restés sauvages malgré la canalisation des années 1970. On appelle ces formations des lônes, terme utilisé pour nommer les bras morts du Rhône et de l'Isère. »

D) Du Léman à la mer « La ViaRhôna est un projet de piste cyclable de 700 km qui reliera à terme Genève à plusieurs communes de la Méditerranée. Le tronçon de 42 km déjà construit entre Loire-sur-Rhône (69) et Sablons (38) passe par Condrieu et offre de magnifiques balades à deux roues le long du fleuve. »

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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