Le temps des grappilles

Lavaux éclate de toute sa splendeur dorée en automne. / © Régis Colombo

Les moines ont façonné ses terrasses il y a huit cents ans. En octobre, année après année, Lavaux s'offre sous ses soleils d'automne, alangui après de harassantes vendanges.

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Le raisin est rentré. Il fermente en cave. Les grappes de chasselas, de pinot noir ou de plant robez ont été cisaillées des ceps, descendues des coteaux. On croit encore entendre les saisonniers siffloter dans les vignes, mais les hommes ont remisé leurs outils. Place maintenant aux œnologues et à leur science exercée dans le secret monastique des chais. D'ici à un an, parfois moins, se dégusteront les crus qui font la légende de Lavaux : Dézaley, Calamin, Epesses.

Le crécerelle veille

La nature, elle, reprend discrètement ses droits dans ce paysage façonné par la main de l'homme. Entre les murets de pierres sèches et les vignes, les chamois descendent des forêts pour grignoter le jus sucré des grappilles ; le faucon crécerelle survole le vignoble, ne laissant aucune chance au campagnol qui s'aventurerait dans les parcelles. Avec ses ailes courtes, il peut plonger d'un coup entre les rangs, à l'inverse de la buse, handicapée par l'envergure de ses ailes. Celle-ci préfère se poster sur les piquets posés par ses alliés vignerons pour glisser jusqu'au sol et capturer petits rongeurs ou batraciens.

Les coteaux éblouissent de leurs reflets dorés aux variations infinies. De quoi profiter de la balade nonchalante – à quelques montées près – de Cully jusqu'à Rivaz. Il ne faut pas se presser : sous les feuilles qui tapissent peu à peu les sols, les salamandres tachetées glissent, les soirs de chaleur, des murets à l'humidité des ruisseaux, qui dégoulinent des forêts de chênes et de hêtres jusqu'au lac.

La route serpente entre les vignes de Lavaux / © Nicolas Sauthier

Les bouches à feu de la couleuvre

Pour autant que le Léman soit calme, il n'est pas rare d'observer une petite tête se hâter vers les grosses pierres de la rive depuis le large. C'est la couleuvre à canon, qui revient de sa chasse sous-marine. C'est ainsi que les gamins d'Epesses et de Riex appellent la vipérine (> encadré ci-dessous) en raison de ses taches noires sur les flancs, comme autant de bouches à feu de galions pirates. A proximité des grands saules, entre rail et lac, en revenant sur Cully, c'est le royaume de la matinale vipère aspic, que l'on ne voit plus guère en plaine.

Lavaux et ses 400 kilomètres de murs de pierres sèches abritent encore le lézard vert et huit autres des 14 reptiles présents en Suisse. Mais pour combien de temps ? L'homme lutte contre la végétation, qui offre pourtant de abris nécessaires à la faune, et l'érosion effrite les murs. Les remettre en état, à l'ancienne, coûte très cher. On préfère aujourd'hui bétonner. Au grand dam des reptiles.

Fausse vipère

Fort de ses trois soleils – l'astre, le rayonnement du Léman et la restitution nocturne des pierres sèches des terrasses –, Lavaux abrite le reptile le plus rare du pays : la couleuvre vipérine. Les femelles, plus grandes que les mâles, peuvent atteindre 90 centimètres. On les confond parfois avec la vipère aspic, dont elle partage fréquemment les lieux de vie. Sa pupille ronde et les grandes écailles sur le dessus de sa tête permettent de la différencier de sa venimeuse
cousine.

La vipérine se nourrit de poissons et d'amphibiens. On la rencontre donc au bord de l'eau, surtout si les rives sont bordées de pierres de soutènement et de buissons où elle peut venir se cacher ou se reposer après ses repas. Elle est capable d'avaler deux poissons par jour, le plus souvent des perches, des vengerons ou des poissons de fond comme le chabot. Les vipérines peuvent émettre un liquide nauséabond pour se défendre, produit par leurs glandes cloacales. Mais, devant un dérangement de nature humaine, la fuite par le lac reste la voie la plus utilisée.

Couleuvre vipérine / © Jean-Pierre Vacher

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Lavaux entre lac et forêts

Cully-Epesses-Rivaz-Cully

durée: 4h30

dénivelé: 410 m de montée, 410 m de descente

  • Depuis la gare de Cully, traverser le village en passant devant l'église Saint-Etienne (1), traverser les voies par le pont piétonnier (2) puis longer la voie CFF en direction d'Epesses.
  • A la sortie du village, entamer la costaude montée dans les vignes (3) en direction de la Tour de Marsens.
  • Grimper le sentier (4) menant à l'hôtel du Signal, puis suivre le sentier qui plonge dans la forêt de chênes et de hêtres (5).
  • A Chexbres, suivre le sentier balisé menant à la gare.
  • Emprunter le sentier qui domine les voies sur leur côté droit (6).
  • Couper par la place de jeu et descendre vers Rivaz. Passer devant les vestiges de La Paleyre (7) puis descendre et traverser le hameau de Rivaz.
  • Traverser le Forestay, remonter vers l'arête (8) et rejoindre le chemin des vignes du Dézaley.
  • Arrivé en dessous d'Epesses, descendre le Rio d'Enfer (9) jusqu'au lac puis suivre le chemin du littoral jusqu'à Cully.

Variante raccourcie

Cully-Tour de Marsens-Cully

durée: 2h30

dénivelé: 290 m de montée, 290 m de descente

  • Même parcours que l'itinéraire précédent jusqu'au point (4).
  • Au lieu de monter le sentier, redescendre en direction du lac par un chemin glissant en oblique jusqu'au sentier du Dézaley.
  • Reprendre ensuite la boucle depuis la jonction.

Accès en transports publics

Gare de Cully. Horaires sur cff.ch

Hébergement et tuyaux gourmands

Pour trouver votre chambre d'hôte, se rendre sur ce site indépendant.

Chambre d'hôte « Le Vigny ». Accueil familial et chaleureux. Table d'hôte sur demande dans une maison vigneronne. +41 (0)21 799 38 12

[Auberge du Vigneron](http:// www.aubergeduvigneron.ch), Epesses. Jeune chef talentueux aux commandes. Certaines œuvres au mur sont signées par le dessinateur de La Salamandre Laurent Willenegger. +41 (0)21 799 14 19

La Poste, Cully. Carte minimaliste mais produits frais et filets de perches garantis du lac. Le cachet d'un bistrot typique et des prix très doux. +41 (0)21 799 11 54

Auberge de Rivaz. Le plat du jour est parfait, bon rapport qualité-prix. +41 (0)21 946 10 55

Les règles d’or

  • Garder les pieds sur les sentiers et chemins indiqués. Ne pas oublier que les vignes sont des terrains privés.
  • Chiens en laisse, tout particulièrement en forêt.
  • Bien regarder où l'on pose ses mains sur les murets de vigne. Les vipères sont là, mais les accidents rarissimes.
  • A l'automne, les chemins forestiers sont très glissants, et les falaises vertigineuses. Bonnes chaussures conseillées !

Eclairage par Blaise Duboux

Blaise Duboux

Blaise Duboux est vigneron à Epesses. Naturaliste convaincu, amoureux de sa terre, il est chaque jour un observateur averti de la flore et de la faune des arpents. Très engagé dans la production d'un vignoble le plus exempt de traitements possible, il est le guide parfait pour appréhender ces coteaux inscrits à l'Unesco.

A) Le débarcadère et les quais de Cully « On embrasse d'un seul regard les coteaux du Dézaley et de Calamin. Un bon point de départ pour toute balade, car il permet de se rendre compte du travail exercé par le glacier, puis par les hommes. On peut ainsi observer tant les chemins des vignes que les falaises de poudingue qui dominent le vignoble. Et admirer à Cully l'énorme platane vieux de plus de deux siècles. »

B) La Croix des moines « A l'époque, elle avait été érigée par les moines cisterciens qui ont construit le vignoble en terrasses tel qu'il existe encore aujourd'hui. Ils pouvaient voir la cathédrale de Lausanne depuis cet endroit. Aujourd'hui, le CHUV cache l'église. En descendant le sentier sur quelques centaines de mètres, on a fréquemment rendez-vous avec les chamois. »

C) Pique-niquer aux Cortheyses « Deux tables-bancs pour un point de vue imprenable sur le vignoble de Saint-Saphorin, Montreux et le bout du lac. La place est construite sur du poudingue, le béton naturel de Lavaux, issu des débris morainiques du glacier du Rhône. On le reconnaît à ses morceaux de roche pris dans la molasse sédimentaire. »

D) Gouilles à salamandres « Le Forestay, c'est le ruisseau qui descend du lac de Bret au Léman. A la hauteur de Chexbres ou de Rivaz, lorsque l'on remonte son cours, on trouve de nombreuses gouilles dans lesquelles on peut observer parfois les poissons venus du Bret. Dans l'humidité, on voit aussi relativement facilement des salamandres tachetées, qui remontent souvent dans les vignes. »

Découvrez aussi les peintures de Laurent Willenegger et les poésies de Vincent Delfosse inspirés par les paysages de Lavaux.

Couverture de La Salamandre n°206

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 206
Octobre - Novembre 2011
Article N° complet

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