Villégiature à l’embouchure

La réserve naturelle des Grangettes est un havre de paix pour les nombreux oiseaux qui s'y reposent durant la migration ou qui y nichent. / © Alessandro Staehli

L'automne, les canards, les limicoles et le grand fleuve, tous s'arrêtent plus ou moins longuement aux Grangettes. La réserve du bout du Léman nous accueille dans ses anciens bras.

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Novembre. Le soleil matinal émerge avec peine au dessus du dos de la Tour d'Aï, encore endormie. Le calme est absolu et la rosée résiste, distillée en petites boules en haut des laîches. Loin des tourbillons du Rhône, l'eau de la lagune pas encore figée dans la glace est immobile et lisse, comme une anticipation du gel de l'hiver.
KRUÎÎ KRUÎI Kruî kruî! Le silence est soudain rompu par des cris angoissés provenant du centre de la roselière. Un râle d'eau ! Scruter les phragmites impénétrables ne sert à rien, l'oiseau bleuté est timide comme ce premier givre.
Dans ce matin qui s'amorce, quelques rayons illuminent le château de Chillon, puis la minuscule Ile de Peilz et son énorme platane. L'arbre séculaire qui émerge devant Villeneuve semble vouloir repousser la frontière entre terre et lac. Le haut-fond sur lequel il est enraciné a été aménagé au XVIIIe siècle. Au moins 150 grands cormorans sont posés comme de gros bourgeons noirs sur ses branches claires couvertes de fientes.

Du Baïkal au Léman

Imperturbable, paisible, le grand fleuve coule à l'image de cette journée d'automne, dont la lumière incendie maintenant les berges de jaunes et de rouges. Un chevreuil disparaît dans la forêt alluviale avec un tourbillon de feuilles folles soufflées par le vent. Emportés par cette brise tiède, des milliers de canards décollent à l'unisson depuis le miroir du lac. Morillons, milouins, nettes rousses, foulques. Dans ce carrousel de plumes, certains sont sédentaires, d'autres migrateurs. Parmi eux, certains individus viennent du lac Baïkal, le plus grand lac du monde.
Comme le Rhône qui se repose avant de devenir Léman, eux aussi s'arrêtent quelques jours ou quelques mois pour reprendre des forces avant de poursuivre leur grand voyage. Visiteurs éphémères, danseurs d'automne.

L'homme et la rivière

Au cœur de la réserve, certains arbres sont morts, fragilisés par un méchant coup de vent ou étouffés par la concurrence. Dans leur chute, le sol soulevé par les racines dévoile l'histoire des lieux: du sable, des graviers et des galets. Le lit d'une rivière. Au début du XIXe siècle, le Rhône était encore libre, serpent rebelle. Iles, étangs, forêts et marais se formaient et disparaissaient au bon vouloir du fleuve. Aujourd'hui enfermé comme un animal dangereux, il ne peut plus accomplir son œuvre. Les Grangettes se boisent, les mares atterrissent. Dans la lutte contre les saules, les bras de l'homme remplacent aujourd'hui ceux du fleuve.

Bécassines des marais / © Alessandro Staehli

Escale sur l'île

La bécassine des marais est un limicole rare en Suisse. Cette reine du camouflage dotée d'un long bec se confond avec la végétation qui borde les vasières qu'elle sonde à la recherche de vers et de larves. Dans les années 1960, la Suisse comptait encore 80 couples nicheurs. La nidification est aujourd'hui hélas sporadique. L'assèchement et l'embroussaillement des zones humides ainsi que la pression de la chasse dans toute l'Europe semblent expliquer la chute des effectifs. La création d'un banc de sable à l'est de la réserve des Grangettes a été bénéfique. Surnommée «l' île à bécassines », cette surface fauchée régulièrement accueille chaque automne entre 20 et 50 hivernants. Un site d'escale important pour ces migrateurs qui viennent pour certains de Finlande ou du nord-est du continent.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

À travers les Grangettes

Villeneuve – Les Grangettes – Grand Canal – Noville – Perrausa – Villeneuve

durée: 3h00

  • Sortir de la gare et tourner à gauche sur la Grand-Rue (1).
  • Au canal Eau froide, traverser la route principale (2) et suivre le panneau du chemin pédestre.
  • Après 700 m (3), obliquer à droite sur le petit sentier.
  • Traverser le camping des Grangettes (4), puis rejoindre et remonter le Grand Canal (5) jusqu'au deuxième pont (6).
  • Bifurquer à gauche (7).
  • Au centre de Noville, poursuivre à gauche sur le chemin du Battoir (8).
  • Passer Perrausa et rejoindre le chemin de départ (3).

Prolongement jusqu'au Rhône

© Alessandro Staehli

Grand Canal – La Praille – le Rhône – jonction itinéraire violet

durée: 2h00

  • Traverser le Grand Canal sur la passerelle (1), dépasser l'étang de la Praille (2) et, au carrefour avant le port du Vieux Rhône (3), emprunter la route de gauche.
  • Passer la maison et franchir le petit pont sur le bras du Vieux Rhône (4) pour arriver à Chaux Rossa. Au point (5), tourner à gauche.
  • Après la passerelle et le panneau de la réserve, choisir le chemin de gauche (6).
  • Continuer jusqu'à la route goudronnée (7), prendre à gauche pour rejoindre le Grand Canal (8) et l'itinéraire violet en traversant par le pont 100 m en amont.

Accès en transports publics

Gare CFF de Villeneuve (VD). Deux trains par heure depuis et vers Lausanne et Sion. Horaires sur cff.ch

Hébergement et tuyaux gourmands

Office du tourisme de Montreux-Vevey, Place de la Gare 5, Villeneuve.

Restaurant Le Château, Villeneuve. Spécialités­ de saison, filets de perches du lac, carte variée.­ Fermé le dimanche soir et lundi. +41 21 960 20 09

Restaurant de l'Etoile, Noville. Spécialités gastronomiques, perches du lac et grand choix de vins vaudois. Fermé le dimanche soir, le lundi et le mardi. +41 21 960 10 58.

Hôtel du Soleil, Villeneuve. Situé au cœur de la vieille ville et près de la gare. On peut y prendre son petit déjeuner. +41 21 960 42 06.

Bed & Breakfast Rita Marzio, Villeneuve. 3 lits. Situation tranquille entre les vignes, vue sur le lac. +41 21 960 27 17.

Hôtel du Port, Villeneuve. Situé au bord du lac, à proximité de la gare et de la réserve naturelle. Ouvert toute l'année. +41 21 960 41 45.

Pour les passionnés

L'accueil de la Réserve naturelle des Grangettes se situe au centre de Villeneuve (Grand-Rue 17). Il est conseillé de prendre rendez-vous avec le gestionnaire par téléphone au +41 21 968 10 25. Le site internet pronatura- grangettes.ch fournit beaucoup d'informations sur la réserve et permet de télécharger les rapports d'activité annuels.

Règles d'or et conseils

  • Les deux excursions proposées s'inscrivent dans le périmètre de la réserve. Respectez les règles spécifiées sur les panneaux d'information et restez toujours sur les chemins.
  • Pensez à prendre de l'eau et quelque chose à grignoter.
  • De bonnes chaussures sont conseillées.

Eclairage par Olivier Epars

Physiothérapeute de formation, Olivier Epars est le gestionnaire de la Réserve des Grangettes. Il s'occupe depuis 21 ans avec passion de l'entretien des milieux et des plans d'action pour la sauvegarde des espèces. Le bras droit du Rhône, en quelque sorte ! Il nous livre quelques-uns des secrets des 1100 ha du site marécageux.

A) Gestion personnalisée « Un majestueux exemplaire d'aulne noir trône à l'entrée de la réserve. Caractéristique des forêts bordant les lacs et les cours d'eau, cette espèce a besoin d'un sol très humide et de lumière. On intervient sur les arbres qui l'entourent pour lui garantir un maximum d'espace et de soleil. »

B) Pistes mystérieuses dans le sous-bois « Le long du chemin qui longe la rive du lac, les prêles d'hiver confèrent un aspect particulier à la forêt alluviale. Parmi ces Equisetum, on observe facilement les pistes formées par les passages récurrents des blaireaux. Mais les rencontrer est difficile, vu que ces mammifères sont principalement nocturnes. »

C) Môle des canards « N'hésitez pas à descendre jusqu'au bout du môle du Grand Canal. La vue est imprenable sur la chaîne préalpine vaudoise et sur la réserve naturelle ! C'est aussi l'endroit idéal pour observer les peu fréquents eiders à duvet et grèbes à cou noir. »

D) Vent rajeunissant « En juillet 2005, un coup de vent à 166 km/h a abattu 60 ha de forêt au lieu-dit Le Fort. Le passage de cette perturbation a permis la réouverture des milieux et un rajeunissement de la forêt. Pami les peupliers qui recolonisent le site il est parfois possible d'observer la pie-grièche grise en hivernage. »

Couverture de La Salamandre n°212

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 212
Octobre - Novembre 2012
Article N° complet

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