La bague à la patte

Frédéric Chapalain avec une cigogne noire adulte. / © Claude Chapalain/LPO 58

Pourquoi les cigognes noires qui naissent en France sont-elles baguées ? La réponse de Frédéric Chapalain, coordinateur de l'opération.

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Frédéric Chapalain, voici venue la période du baguage des jeunes cigognes noires. La science justifie-t-elle de grimper dans les nids de cet oiseau rare et sensible ?

En 20 ans il n’y a jamais eu d’échec de nidification lié au baguage de la cigogne noire. Une façon de procéder très stricte limite au maximum les risques et le stress des oiseaux. L’opération dure une heure environ à une date où les jeunes sont seuls au nid et suffisamment petits pour ne pas essayer de s’envoler. C’est un travail d’équipe entre un grimpeur et un ornithologue bagueur spécialement formés. Le but est de mesurer le succès reproducteur, contrôler l’état de santé de la nichée, connaitre les déplacements, les migrations, la dispersion des juvéniles, la survie, les sites fréquentés, la fidélité aux zones de gagnage et haltes migratoires. La protection efficace passe nécessairement par une bonne connaissance de la biologie et de l’éthologie de cet oiseau. Le baguage est donc in fine un moyen important parmi d’autres pour protéger la cigogne. Et cela bénéficie aussi à la faune et à la flore qui fréquentent le même milieu qu’elle ! On dit alors que la cigogne noire est une espèce parapluie.

Combien de jeunes cigognes noires sont-elles baguées chaque année en France ?

Le baguage en France a commencé il y a 20 ans, je suis le troisième coordinateur après Jean Sériot et Luc Strenna. De 1995 à 2015, 725 jeunes cigognes noires de 226 nichées ont été baguées dans 17 départements français. Cela représente les trois quarts des nichées découvertes chaque année.

Le baguage de cet oiseau prestigieux existe aussi à l’échelle européenne, grâce à un réseau dont les membres se réunissent tous les 4 ou 5 ans. En 2015, 886 jeunes cigognes noires ont été baguées en Europe dont 77 en France.

Les résultats sont-ils à la hauteur de l'effort ?

C’est la relecture sur le terrain qui fait le résultat. Nous totalisons actuellement 1600 retours. Voici quelques infos révélées par ce formidable travail :

  • une cigogne noire peut vivre 24 ans en milieu naturel,
  • les individus semblent extrêmement fidèles à leur site de nidification, de gagnage ou de halte migratoire. Cette grande fidélité montre l’importance des mesures de protection des milieux,
  • les cigognes noires ne migrent pas « en famille » comme on l’observe chez la grue cendrée. Cette absence d’éducation au voyage explique probablement en partie la forte mortalité chez les jeunes de première année (60% au minimum),
  • une fois adulte, un jeune s’installe généralement assez loin du nid qui l’a vu naître (120 km en moyenne). Exemple, deux jeunes d’une fratrie née en 2005 en Côte d’Or nichaient en 2015 en deux localités bien distinctes : l’un en Allemagne à proximité de Luxembourg et l’autre dans le Jura.
Baguage de jeune cigogne noire dans le Jura

Pose de bague sur une jeune cigogne noire / © Jean-Philippe Paul

Le baguage va donc continuer dans les années à venir ?

Oui. De telles études doivent être menées sur le long terme. L’action est solidement organisée dans le cadre d’un étroit partenariat entre l’ONF, le CRBPO, la LPO et les associations locales. C’est la clé du succès du réseau Cigogne noire !

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