Au chevet des bêtes sauvages

Dans le centre de sauvegarde de la faune sauvage Athénas, Serge Montagnon tente de sauver un milan royal percuté par une ligne à haute tension. / © Sandro Campardo

Mu par une curiosité insatiable, le Jurassien Serge Montagnon observe et photographie la nature depuis son enfance. Il s’engage aussi sans compter pour venir en aide aux animaux blessés.

Avatar de Aino Adriaens
- Mis à jour le
Article d'origine par

Une boîte en carton à bout de bras, Serge Montagnon gravit ce matin les marches en bois d’une infirmerie pas comme les autres, située en lisière du village de L’Etoile, à 15 km de Lons-le-Saunier. Il pose son colis dans la salle de soins et, avec précaution, en sort un milan royal pour le confier aux bons soins de Gilles Moyne, responsable du centre de sauvegarde de la faune sauvage Athénas. « Ce milan a percuté une ligne à haute tension. Son aile semble dévascularisée. Je crains qu’il ne faille l’euthanasier » , indique Serge en refermant le carton.

Ces gestes, le Jurassien les répète régulièrement depuis 2007, année où il a choisi de devenir correspondant régional du centre de soins : « Ma mission consiste à récupérer les animaux blessés dans un secteur géographique allant de Champagnole à Pontarlier. Le centre m’appelle et si je suis disponible, je m’empresse d’acheminer l’animal dans de bonnes conditions jusqu’ici. » Athénas dispose de quelque 150 correspondants bénévoles, répartis dans toute la Franche-Comté, le nord de l’Ain et l’est de la Bourgogne, tous formés aux premiers secours animaliers.

Des oiseaux aux blaireaux

Chaque année, le centre recueille plus de 1000 animaux affaiblis, parmi lesquels une majorité d’oiseaux, mais aussi des hérissons, fouines, renards, écureuils, etc. C’est aussi la seule structure agréée de France pour le lynx et le chat forestier. « Je transporte souvent des rapaces qui souffrent dans quatre cas sur dix d’une fracture. J’ai dû apprendre à les manipuler, à immobiliser le membre blessé, ou encore à protéger la plaie des mouches avant le transfert » , témoigne Serge Montagnon, dont la profession d’ingénieur du bâtiment ne préparait en rien à ces tâches. Son engagement envers la vie sauvage n’est pourtant pas dû au hasard. « Vers l’âge de huit ou dix ans, ma première rencontre avec un renard dans le village de mes grands-parents a été décisive » , se souvient-il.

A douze ans, il file après l’école immortaliser les fleurs, les insectes et autres sujets naturels à portée de son premier appareil photo. A 18 ans, sa passion pour l’image et la nature se renforce avec l’observation des oiseaux qui peuplent les forêts et les bocages de son Jura natal. Puis viendront les mammifères, avec une curiosité croissante pour le renard et le blaireau : « J’ai eu envie de mieux connaître ces bêtes mal aimées, histoire de casser les préjugés qui les pourchassent. » Au point que, depuis cinq ans, avec la complicité de quelques pièges photos, il consacre presque tous ses loisirs à guetter et à noter leurs faits et gestes aux abords des terriers de sa région.

Le feu sacré

De nature plutôt sauvage, Serge Montagnon a pourtant le goût du partage. Depuis 2008, il organise fin avril les « Rencontres Imagesnature » au Vaudioux, le village où il habite. Durant deux jours, des photographes animaliers sensibilisent le public à la protection de la nature par le biais de leurs plus belles images. Mais c’est surtout lors de ses rencontres avec les personnes qui lui confient un animal blessé pour Athénas que Serge s’emploie à partager ses connaissances : « Quand je vois briller le regard des enfants, je me dis que j’aurai peut-être contribué à leur transmettre le feu sacré ! »

Engagé pour les animaux sauvages blessés

Serge Montagnon / © Sandro Campardo

Serge Montagnon

  • 1959: Naissance à Pontarlier (Doubs).
  • 1972: Se passionne pour la photo nature.
  • 1981: Devient ingénieur en génie énergétique.
  • 2007: Correspondant local du centre Athénas.
  • 2009: S’engage dans le Réseau Lynx piloté par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).
  • 2009: Met sur pied les Rencontres Imagesnature.

Plus d'infos

Les recommandations et les actualités du centre de sauvegarde franc-comtois Athénas.

La Vaux-Lierre est un hôpital pour oiseaux sauvages, situé à Etoy (VD), +41 (0)21 808 74 95.

En Suisse romande, s'adresser pour les mammifères au Zoo la Garenne +41 (0)22 366 11 14 ou à la SVPA +41 (0)21 784 80 01

Liste des centres de soins pour oiseaux sauvages en Suisse.

Les images de Serge Montagnon.

« En tant que bénévole, j’ai souvent le privilège de nourrir des rapaces convalescents ou d'assister à leur remise en liberté. Ce sont des moments magiques qui justifient à eux seuls mon engagement ! » Serge Montagnon, L’Etoile, 11 octobre 2010. / © Sandro Campardo

Des clés pour agir

Recueillir ou non un animal sauvage ?

Si vous découvrez un animal affaibli, assurez-vous d’abord qu’il est bien utile de le recueillir. Un oisillon tombé du nid est rarement abandonné par ses parents. Il arrive aussi que ceux-ci l’aient volontairement rejeté car il présente des tares que nous ne percevons pas forcément.

Si l’animal est mal en point, délaissé ou en danger de mort (route ou prédateurs), vous pouvez à priori lui venir en aide.

Les premiers gestes

  1. Prélevez l’animal avec des gants ou un morceau de tissu épais, pour éviter les morsures, les coups de bec ou de griffes.
  2. Mettez-le dans un carton fermé, percé de trous, que vous placerez au calme et à l’ombre.
  3. Tentez d’identifier l’animal.
  4. Ne lui donnez pas à manger. Une nourriture non adaptée, comme le lait et le pain, peut empirer son état de santé. Mettez-lui tout au plus un peu d’eau à disposition dans la boîte (sauf pour les oiseaux).
  5. Apportez l’animal au centre de soins le plus proche de chez vous. Contrairement à la France, les centres suisses ne proposent pas de service de transport.
  6. Gardez toujours vos distances. Apprivoiser l’animal lui enlèverait toute chance de survie dans la nature.

Devenir bénévole

La plupart des centres de soins fonctionnent sur le mode associatif et ont peu de moyens financiers. Ils misent donc largement sur le bénévolat : votre aide sera sûrement bienvenue. La Vaux-Lierre, hôpital pour oiseaux à Etoy, accueille par exemple volontiers des volontaires entre avril et septembre, lorsqu’il y a beaucoup d’oisillons à nourrir.

Ce que dit la loi

La détention d’animaux sauvages est strictement interdite, qui plus est s’il s’agit d’espèces protégées, comme les rapaces. Vous devez donc les confier à un centre de soins dans les meilleurs délais. Les animaux seront relâchés dans la nature dès que leur état le permettra.

Couverture de La Salamandre n°201

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 201
Décembre 2010 - Janvier 2011
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir