La cité des oiseaux

Article extrait du dossier Le milan noir, messager du soleil
Le paysage est encore gris mais la présence du milan noir ne trompe pas: le printemps est là! / © Pierre Baumgart

Vie intime du milan noir vue d'un pont en plein Genève.

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

Fin février en ville. Crachin, froidure, fin d'hiver à pierre fendre. Au-dessus de Genève la grise, quelques buses paradent en criant. Et les milans ? Vu leur migration toujours plus précoce, ils ne devraient plus tarder. Les ornithologues sont tous en alerte à guetter leur retour. Le gros de la troupe passe en mars, mais les premiers éclaireurs sont régulièrement notés autour du 20 février. Ici, les milans noirs n'ont pas le choix. Un goulet d'étranglement concentre leur passage et le rend spectaculaire. Après avoir remonté la vallée du Rhône, les rapaces franchissent à Fort-l'Ecluse l'étroit passage qui sépare les Alpes du Jura puis ils passent – souvent très haut – au-dessus de la Cité de Calvin.

Un point dans le ciel

Voilà pour la théorie. N'empêche qu'aujourd'hui, il y a de quoi douter de leur retour. Un méchant vent froid et dissuasif souffle en ce jour plus que frisquet. Soudain, au fond des jumelles, trois ombres noires passent au-dessus du lac. Silhouettes massives, queues arrondies : des buses. Surtout, continuer à scruter le ciel ! Un nouveau point dans la grisaille ? On devine une queue légèrement échancrée, des ailes élancées qui se battent contre la bise. Un milan ! Vive le printemps ! Ils sont de retour !

Croquis de milan noir en vol

Le milan noir est de retour! / © Pierre Baumgart

Le peintre animalier Pierre Baumgart fait courir son crayon sur sa feuille. En quelques traits assurés, il saisit la silhouette caractéristique du voyageur. Ainsi naît le premier croquis d'une riche et belle série que l'artiste genevois va réaliser pour nous jusqu'à l'été.
Deux autres milans dans la grisaille ! Certains des oiseaux qui vont défiler ces prochains jours, on le sait, resteront dans les parages. Bientôt, on pourra les voir tournoyer partout au-dessus du Léman et du Rhône. Leur appel va s'élever haut sur la ville. Et avec eux reviendra le soleil.

Un planeur qui chante

Migrateur archiprécoce, le milan noir débarque souvent en groupe. Ce rapace atypique est en effet extrêmement sociable. En Afrique comme en Europe, il forme des attroupements là où la nourriture abonde. Et il passe volontiers la nuit perché droit comme un i avec des dizaines de ses semblables sur des arbres réinvestis d'année en année. Dans ces dortoirs parfois partagés avec des milans royaux, certains oiseaux peuvent n'être éloignés que de 20 ou 30 centimètres.
Cette tolérance mutuelle très forte entre individus se manifeste même au moment de la reproduction. Dans des conditions très favorables, les milans nichent en colonies lâches comptant parfois plus d'une quinzaine de couples. En Alsace, on connaît deux chênes géants distants de quelques dizaines de mètres qui portent à eux seuls quatre couples de milans noirs accompagnés par une famille de milans royaux.
Peut-être est-ce à ce penchant grégaire qu'on doit la fréquence et la richesse de leurs beaux cris hennissants. A vrai dire, comme l'a écrit le célèbre ornithologue Paul Géroudet, « l'appel du milan noir mériterait d'être appelé un chant, tant il est mélodieux, tantôt calme, tantôt vibrant de plaisir, semble-t-il ».

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

Réagir