L’appel de la terre

Article extrait du dossier Un jardin au fil des saisons
Campé sur une hauteur, le rougequeue se met à chanter bien avant l’aurore. A l’origine montagnard, cet oiseau a largement colonisé les zones construites, au point de nicher aujourd’hui jusque sous les balcons. / © Benoît Renevey

A quoi ressemble un jardin en mars? Aino Adriaens nous raconte la musique de l'aube, le réveil des papillons et le retour des migrateurs.

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16 mars

Une irrésistible envie de gratter la terre s’est emparée de moi. Au diable les moufles, les bûches et la fondue. Au diable la neige et les combes du Jura : j’ai remisé les skis et enfilé les bottes.

Le sol du jardin se réchauffe. Après quatre mois de torpeur, il reprend son souffle et expire des odeurs de création du monde. J’imagine sous mes pieds la boulimie des vers de terre, l’effervescence des collemboles et le va-et-vient de la taupe qui nettoie ses galeries.

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Un collembole adulte avec des jeunes, (Dicyrtoma ornata) / © Philippe Lebeaux

A l’étage du dessus, le brun cède la place au vert pomme et au jaune souriant. Des bourgeons gonflent et éclatent, des merles s’époumonent. Les hirondelles n’ont pas attendu l’équinoxe pour faire leur apparition. Mais elles ont filé droit vers le nord, ignorant les nichoirs tout neufs posés rien que pour elles. Les fauvettes à tête noire s’attardent un peu plus longtemps, retenues par les baies de lierre qui ont mûri pendant leur absence.

Du côté de l’étang, ça bouge énormément. Les grenouilles mènent le bal, tandis que des crapauds égrènent leurs chapelets d’œufs au fond de l’eau. Les enfants surexcités ont préparé leurs épuisettes.

Avec la même impatience, je passe et repasse en revue le contenu de la grande boîte en fer-blanc. Les sachets de graines en débordent. Prometteurs. Juré promis, je commence samedi.

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Les longues corolles des corydales sont souvent visitées par les bourdons. Et ce sont les fourmis qui se chargent de disséminer leurs graines. / © Benoît Renevey

La musique de l’aube

Le coq n’est plus tout seul à nous réveiller. Des notes en tout genre l’accompagnent et le surpassent allègrement. Trilles et flûtes, concertos et trémolos… tous les oiseaux du jardin donnent de la voix, dans la mesure de leurs possibilités. Le concert atteint son apogée la première demi-heure qui suit l’aube, puis les oiseaux quittent peu à peu leur place de chant pour vaquer à d’autres occupations.

Savourons notre chance. Du point de vue musical, les oiseaux de nos régions n’ont rien à envier à leurs cousins des tropiques. Ceux-ci ont des couleurs époustouflantes mais n’émettent souvent que des notes simples, puissantes et aiguës, qui portent très loin. En règle générale, en Europe comme ailleurs, plus le plumage de l’oiseau est modeste, plus son chant est éclatant. Du haut de son tas de branches, le petit et discret troglodyte ne chantera pas le contraire!

cardamine pissenlit printemps enfant balançoire

Les cardamines talonnent les pissenlits dans le calendrier des floraisons. Elles sont les incontournables des premiers bouquets du printemps. / © Benoît Renevey

Papillons hivernants

Alertés par l’allongement des jours et les hausses de température, des papillons se réveillent. On voit souvent la petite tortue ou le paon du jour voleter mollement contre les carreaux de l’atelier, de la cave ou du grenier. A moitié engourdis, ces clandestins peinent parfois à trouver la sortie de leur abri hivernal. Sans un coup de pouce de notre part, ils risquent de faire les beaux jours d’une araignée plus alerte.

chaton de saules papillon citron

En vivant près d’une année au stade adulte, le citron détient le record de longévité parmi les papillons. Très résistant aux intempéries, il est souvent le premier à profiter de la générosité des chatons de saules. / © Benoît Renevey

Le citron en revanche passe l’hiver dehors, ailes repliées et ventre contre un arbre, sous une épaisse couverture de lierre. Sitôt éveillé, il recherche un partenaire et s’accouple après un léger vol nuptial. La femelle pond ses œufs un à un sur les bourgeons ou les jeunes pousses de la bourdaine ou du nerprun trouvés dans la haie.

bulbeuse toxique nivéole fleur

Comme beaucoup de bulbeuses, la nivéole est toxique. Ce qui n’empêche pas les diptères de lui rendre visite. / © Benoît Renevey

Papillons revenants

En avril, les papillons migrateurs tels que le vulcain et la vanesse des chardons reviennent peu à peu du sud de l’Europe, voire même d’Afrique du Nord. Mais ce sont leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants qui feront le chemin inverse à l’automne.

Il faudra attendre le mois de mai pour voir se multiplier les espèces au jardin. La plupart des papillons passent en effet l’hiver sous forme d’œuf, de larve ou de chrysalide. Les chenilles se dissimulent sous la mousse et les pierres, les chrysalides dans la végétation, contre les bâtiments ou dans le sol. Tout ce petit monde émergera au grand jour et se mettra à battre de l’aile dès que les grands coups de froid ne seront plus à craindre.

En mars-avril, c'est le bon moment pour... Retrouvez une liste non exhaustive dans notre guide pratique.

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Couverture de La Salamandre n°190

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 190
Février - Mars 2009
Article N° complet

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