Vipères, crapaud vert et compères

Le crapaud vert est l'une des 40 espèces d'amphibiens de France. Parmi elles, on en compte six qui ont été introduites. / © Jean-Philippe Paul

Vingt ans d'inventaire pour actualiser la carte de France des amphibiens et des reptiles. Jean Lescure, pilote des opérations, présente l'atlas paru en 2013.

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Un nouvel inventaire des amphibiens et reptiles de France

Jean Lescure

Jean Lescure, vous êtes attaché honoraire au MNHN de Paris et responsable de l'inventaire des amphibiens et reptiles réalisé par la Société herpétologique de France, A quoi ça sert un atlas ?

C’est une synthèse de connaissances. La cartographie permet de visualiser la situation des espèces sur une période donnée. Les textes qui commentent les cartes sont fondamentaux. Des informations plus générales présentent la liste des espèces en France, leur place dans la systématique, leur nomenclature, l’histoire de leur arrivée en France, les problèmes de leur conservation.

Coordonner un inventaire herpétologique dans la France entière, quelle aventure !

La somme de travail ne peut pas se chiffrer. Il a fallu animer des groupes, faire des stages de formation à l’herpétologie, analyser et valider les données reçues par le collège des coordinateurs régionaux et le comité national scientifique de validation. Il s'agit de 180'000 informations transmises par 6000 observateurs !

La France abrite plus de 80 espèces, c'est impressionnant...

Ce pays est une sorte de presqu’île où se côtoient et se concurrencent des espèces du Sud, d'origine ibérique, et d'Europe centrale. C’est la seule région où les tritons marbré et crêté, les pélobates brun et cultripède se rencontrent. La vallée du Rhin, en Alsace, est une des zones les plus riches d’Europe pour les amphibiens !

Des découvertes étonnantes ?

Parmi les belles trouvailles, je dirais le triton crêté dans les Bouches-du-Rhône, le pélobate brun dans le Loiret, la grenouille des champs dans le Boulonnais et celle des Pyrénées en vallée d’Aspe. Et puis ces stations de tortue émyde lépreuse dans les Pyrénées-Orientales, ou encore le gigantesque lézard ocellé en Aquitaine. Citons pour finir ces localisations très isolées de seps strié (un lézard) en Charente-Maritime et l’impressionnante couleuvre de Montpellier dans le Lot.

La couleuvre de Montpellier en zone atlantique !

La présence isolée de ce serpent dans le Lot a été confirmée à trois reprises sur le terrain et on dispose d’un exemplaire déposé dans un musée. Cela montre que cette espèce était répandue plus au Nord autrefois. Elle subsiste alors dans de rares secteurs préservés.

La répartition des espèces a-t-elle évolué en 20 ans ?

On n’a pas constaté de véritable boule­versement depuis le dernier inventaire. Des prospections plus poussées ont complété la répartition. Il faut analyser sur un laps de temps plus large pour voir un effet tangible. Sur plusieurs décennies, on constate ainsi un recul spectaculaire du sonneur à ventre jaune et du pélobate brun.

Les changements climatiques bousculent-ils tout ce petit monde des reptiles et amphibiens ?

Leur effet est à peine perceptible pour l'instant. La vipère aspic remonte. La péliade recule assez logiquement, par exemple en Loire-Atlantique. C'est vrai que la progression de la tarente de Mauritanie et de la rainette méridionale en vallée de l’Isère semble conforter la tendance au réchauffement.

Quid des espèces invasives ?

L’arrivée accidentelle et récente du sonneur à ventre de feu, originaire d’Europe de l’Est, en Lorraine est inquiétante. Il en est de même pour les introductions du lézard sicilien et du discoglosse peint dans le sud du pays. La fameuse grenouille-taureau est désormais bien implantée. L’effet de la tortue de Floride tend à s’atténuer depuis l’interdiction de son commerce. Quelques exemples parmi les huit espèces introduites que compte la France, dont deux reptiles.

D’autres menaces confirmées pendant cet inventaire ?

Elles sont générales mais bien plus fortes en limite d’aire de répartition. Parlons du cas du chat domestique, le plus grand ennemi des lézards. Avec cet animal, la biodiversité urbaine est une utopie. Plus positif, certaines espèces résistent mieux qu’on ne le pensait et il semble que le fond des campagnes abrite encore des habitats naturels dignes.

Les noms des espèces changent, l’euprocte des Pyrénées n’est plus...

Les études génétiques induisent des changements en systématique et la nomenclature française s’adapte en recherchant une certaine stabilité. Nous avons gardé le nom français de triton pour des Lissotriton ou Ichthyosaura . Mais le calotriton des Pyrénées n’est absolument pas un euprocte, ce serait une erreur scientifique de continuer à le nommer ainsi.

Et « nos » salamandres ?

La salamandre tachetée se raréfie dans les nombreuses zones en voie d’urbanisation. Heureusement, elle s'avère plus répandue dans le pays qu’on ne le croyait à une époque. La carte de ce nouvel atlas est bien complétée.
Concernant la salamandre noire, il est confirmé que sa mention passée dans le Jura français était une erreur.

Plus d'infos

Couverture de La Salamandre n°216

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 216
Juin - Juillet 2013
Article N° complet

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