Le rebelle des plates-bandes

Planter des fleurs sauvages assure un menu diversifié aux abeilles. / © Jean Fotso

Michaël Falkowski est un jardinier pas comme les autres. Sa passion s'exprime pour celles que d'autres persécutent : les mauvaises herbes, ces indomptables aux multiples talents.

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Une pluie battante interdit la virée prévue au grand air : nous nous réfugions au café de La Maison Millière, dans le vieux Dijon. Michaël Falkowski évoque ses premiers souvenirs botaniques, les mains plongées dans les bacs à fleurs de l'école maternelle. A trois ou quatre ans déjà, les plantes exerçaient une attirance irrésistible sur cet amoureux des herbes folles. « Ma première révélation botanique est venue de grains de maïs subtilisés sur un masque confectionné en classe. Je les ai plantés, ils ont poussé, et l'émerveillement a été tel que je me suis dit : je serai jardinier ! » Devenu botaniste, ce ne sont pas les allées bien droites et les parterres fleuris qui enthousiasment le Dijonnais. Mais bien les adventices. « La mauvaise herbe est une plante dont on n’a pas encore trouvé l'utilité. Mon esprit de contradiction m'a poussé à m'intéresser à ces végétaux mal-aimés. Puisqu'on les persécute, ils m'intéressent ! » revendique-t-il, l'œil malicieux.

Nature bridée

En travaillant dans une jardinerie, le presque trentenaire connaît une seconde révélation : « Les clients que je rencontrais étaient conditionnés par un réflexe destructeur. Le chiendent et les pissenlits n'avaient pas le droit de vivre. J'ai réalisé à quel point notre société cultive une image policée de la nature, que je trouve ennuyeuse et qui ne correspond pas à la réalité. » En 2006, après l'obtention d'un Master en biologie végétale, Michaël Falkowski lance un site web qui promeut les mauvaises herbes. Il envoie des graines gratuitement à tous les intéressés et offre même l'affranchissement de ses envois ! Son but  : faire connaître l'univers fascinant de ces plantes et encourager tout un chacun à les préserver et même à les planter.

Graines de nielle des blés  / © Jean Fotso

En voie de disparition

« Voici des graines de nielle des blés. On ne trouve cette plante messicole que dans les champs de céréales. Elle a disparu à cause des herbicides et s'est éteinte dans les régions de grandes cultures. J'ai réussi à en obtenir grâce à l'association Le Jardin de Sauveterre, qui produit des semences de fleurs sauvages » , révèle-t-il en en déposant une poignée sur la table du café. Pour alimenter sa banque de graines, le botaniste cultive coquelicots et bleuets dans le jardin de ses parents. Il pratique aussi la cueillette sauvage dans les lieux les plus improbables : « J'ai eu de la chance l'année dernière. L'agrandissement de la rocade de Dijon a donné lieu à des déblais qui sont peuplés d'une flore incroyable ! »

Michaël Falkowski, amoureux des mauvaises herbes

Graines de pavot argémone  / © Jean Fotso

Il possède même des graines difficiles à récolter, comme celles de la corydale jaune, qui pousse en ville sur les vieux murs. Il faut une dévotion particulière pour décortiquer ses minuscules gousses. « Pour ce qui est des raretés, j'en ai découvert une dans une décharge : la jusquiame noire. Je me suis autorisé à en prélever quelques graines. » Pour le botaniste, ce sont les actions de l'homme qui conduisent certaines herbes à proliférer. « Quand elles deviennent envahissantes, elles reflètent la maltraitance dont le sol a été victime. Par exemple, l'ambroisie à feuilles d'armoise, si détestée et combattue, pousse uniquement sur les sols en cours de désertification. » Le défenseur du végétal vagabond se fait même philosophe, sans se départir de son humour : « Je suis toujours rassuré quand je vois une grande surface bétonnée percée d'un vaillant liseron qui pousse malgré tout. C'est une belle image d'espoir. Et cela flatte mon esprit de contradiction surdimensionné » , conclut-il en riant.

Michaël Falkowski, amoureux des mauvaises herbes

« La meilleure image de résistance à notre destruction de la nature est la mauvaise herbe. Elle se joue de tous nos efforts. On a beau faire, on n’arrivera jamais à s'en débarrasser. Elle trouve toujours une solution pour survivre. » Michaël Falkowski, La Maison Millière, Dijon, 24 février 2011. / © Jean Fotso

Michaël Falkowski

  • 1982 : Naissance à Dijon.
  • 2000 : Passe son bac Sciences et Techniques de l'Agronomie et de l'Environnement à Aiserey (21).
  • 2000 : Etudie la biologie à l'Université de Dijon.
  • 2002 : Suspend ses études pendant un an et vit de petits boulots à Lyon.
  • 2006 : Obtient son Master de Plantes, productions et biotechnologies de l'Université de Dijon.
  • 2006 : Lance son site web, La Cabane de Tellus.

Des clés pour agir

Convaincu par l'avocat des messicoles ? Mode d'emploi succinct pour cultiver facilement les herbes folles.

Accueillir les fleurs des champs

  • Se procurer des semences sauvages. Eviter les jardineries qui ne proposent généralement que des graines horticoles.

  • Reproduire les conditions d'un champ : une terre nue, bêchée ou juste griffée.

  • Semer en automne ou au printemps en jetant les graines à la volée, puis tasser légèrement pour éviter que le vent ne disperse les semis.

  • Arroser en cas de printemps sec ou de plantations tardives.

  • Maîtriser les plantes qui deviendraient trop abondantes les unes par rapport aux autres par un arrachage manuel.

Pour commander des graines: La cabane de Tellus ou Le Jardin de Sauveterre.

La Maison Nature propose mille conseils pour laisser la place aux herbes folles sur ce portail de l'habitat écobio et du jardin naturel.

Potager sans herbicides

Deux techniques faciles pour réduire les indésirables sans produits chimiques :

  • Le paillage : recouvrir la terre autour des plants par des écorces de pin, des pailles de chanvre, des déchets de tontes ou des feuilles mortes. Cet écran à la lumière du soleil empêche les graines espiègles de germer.
  • Le faux semis : biner la terre représente un signal de germination pour les adventices. Pour éviter que les semis ne soient envahis, biner une première fois sans semer puis recommencer après que les indésirables ont germé. Cela réduit efficacement leur présence dans le sol.
Hôtel à insectes / © Michaël Falkowski

Favoriser les insectes Pour accueillir abeilles solitaires et autres insectes amis des plantations, installer des nichoirs. Des fagots de tiges de ronces, de roseaux ou de cardères feront l'affaire.
Une bûche de chêne, hêtre ou sapin non traitée et forée de trous fournit aussi un abri salutaire à ces hyménoptères en déclin. Les osmies visitent les orifices de 6 à 12 mm de diamètre tandis que des mini-guêpes mangeuses de pucerons se satisfont de trous de 3 à 5 mm.

Marche à suivre complète pour construire un hôtel à insectes.

Lectures botaniques Pour en savoir plus sur les plantes insoumises, voici deux références recommandées par Michaël Falkowski :

  • Eloge des vagabondes, G. Clément, Nil éd., 199 p., 36.50 CHF
  • L'herbier des villes, D. Mansion, éd. Ouest-France, 129 p., 14 CHF

Aller plus loin

Site officiel de Gilles Clément, grand défenseur de la flore spontanée

Couverture de La Salamandre n°203

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 203
Avril - Mai 2011
Article N° complet

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