Activités douces en eaux salées

« Mon premier vol de flamant rose, qui rase l’eau et passe juste au-dessus de ma tête, m’a beaucoup marqué. C’est peut-être cliché, mais c’est magnifique. » Mathieu Slaghenauffi, Palavas-les-Flots, 18 avril 2012. / © Pascal Blois

Sport et environnement ne sont pas incompatibles. Du fond de son kayak, Mathieu Slaghenauffi distille à coups de pagaie son amour des milieux naturels méditerranéens.

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Le canoë glisse silencieusement sur l’eau. Il trouble à peine le reflet des nuages. Le bruit des gouttes qui tombent régulièrement de la pagaie se noie sous les cris des sternes. Soudain, entre les berges élevées, éclatent des rires. Le groupe du club de kayak de mer de Palavas s’avance sur le canal du Rhône. Au milieu de la troupe, Mathieu Slaghenauffi, moniteur nature de 25 ans, entraîne ses élèves vers la passe du Méjean pour découvrir l’environnement plus sauvage du coin.

Lunettes de soleil et cheveux bruns en bataille, il mène sa barque d’une main de maître. Et depuis longtemps… « Mes parents possédaient un club. J’ai appris à pagayer avant de marcher » , rit-il. Et, déjà, il possédait un lien étroit avec son environnement. « J’ai grandi dans la Creuse, perdu au fond des bois. Je parlais toujours de la nature à mes copains qui venaient faire du kayak. » Après son bac et quelques voyages loin de France, il découvre la formation de l’ARDAM, à Mèze (> Bio express) . Il choisit l’option loisirs de pleine nature. Et c’est le déclic. « Mêler la nature et le kayak… Ça coulait de source ! » s’exclame ce passionné.

Mathieu Slaghenauffi transmet sa passion des milieux naturels méditerranéens depuis son kayak. / © Pascal Blois

Les délices de la sansouire

A l’entrée du lac du Méjean, les canoës se rapprochent du bord. Mathieu tend le doigt. « Regardez, la plante au-dessus de l’eau. C’est la salicorne, il faut la goûter. » Sur un bout de pagaie, la plante passe des uns aux autres. Le sel qui gorge les tissus pique un peu la langue. « Ça y est, je n’ai plus faim » , blague l’une des kayakistes. Le groupe s’esclaffe. « Avec l’obione, ces espèces sont emblématiques de la sansouire, cette végétation halophile méditerranéenne. Elles s’adaptent à la forte salinité des eaux saumâtres des bords de mer » , reprend Mathieu. Le moniteur questionne les participants sur la formation de ces zones entre terre et eau. Chacun participe joyeusement, émettant des hypothèses. Tout le monde se penche sur les schémas et cartes plastifiées que Mathieu sort de sous sa jupe protectrice rose vif.
Qu’il navigue avec des novices en environnement ou des spécialistes, Mathieu s’adapte. « Je parle souvent de nature à des personnes qui viennent d'abord pour le sport. » Et c’est ce qui lui plaît. Dans ce club, il peut monter ses propres animations selon les besoins. Et partager sans réserve son enthousiasme. « Pouvoir se fondre dans la nature sans la déranger, c’est merveilleux. »

Un rôle de passeur

A l’autre bout du lac, les flamants roses, immobiles, se nourrissent tranquillement. Un peu de vent et de courant bringuebale les embarcations. Le groupe observe, attentif, l’étendue naturelle. « Le résultat de nos sensibilisations n’est pas toujours visible. Mais pouvoir faire évoluer les regards, c’est fabuleux » , apprécie le pédagogue. D'apprenant Mathieu est aujourd'hui devenu formateur. Pour continuer de transmettre. Avec les hommes, comme avec la nature, il semble avoir le même désir : avancer pas à pas pour constituer un équilibre.

Sans bruit, la troupe de kayaks rentre vers l’embarcadère. Sur le bord, une famille de colverts dort. Les canoës s’éloignent lentement, laissant les oiseaux sommeiller au son des clapotis de l’eau.

Mathieu Slaghenauffi

  • 1986 : Naissance à Limoges (87).
  • 1984 : Passe son bac au lycée du Guéret, dans la Creuse.
  • 2006: Brevet d'Aptitudes professionnelles d'assistant animateur technicien de la jeunesse et des sports (BAPAAT) à Mèze (34). 2007 : Saison entière de sortie nature sur l’étang de l’Or.
  • 2009 : Arrivée au Club Kayak de mer Palavas, toujours dans l'Hérault.
Mathieu Slaghenauffi transmet sa passion des milieux naturels méditerranéens depuis son kayak. / © Pascal Blois

Des clés pour agir

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Devenir moniteur d'un sport de nature

Les moniteurs sportifs mais surtout les accompagnateurs de montagne, avec de nombreuses spécialités sportives, peuvent se diriger vers de l’animation nature. Cette activité est toutefois peu mise en avant dans les formations et ne représente pas une option spéciale.

En Suisse:

En France:

  • La formation BAPAAT option loisirs de pleine nature est délivrée par des organismes agréés par les directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS). La seule nécessité pour l’obtenir est d’être âgé de 16 ans au minimum.
  • La fiche du ministère des Sports est un bon début pour connaitre les modalités de formations. Onglet Métiers et formations.
  • Les DRJSCS établissent la liste, par région, des établissements dans lesquels il est possible de se former, mais beaucoup d’associations sont, hélas, oubliées.
  • Les Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active (Cemea) proposent une liste non exhaustive des lieux de formations, comme le BAPAAT, par région.
  • D’autres formations sont possibles, le diplôme d’Etat de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (DEJEPS) ne propose pas directement l’option environnement, mais certaines formations intègrent ces connaissances.
  • Le réseau Ecole et Nature évoque l’actualité de telles formations.

Organiser un séjour

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Un peu de lecture

Couverture de La Salamandre n°210

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 210
Juin - Juillet 2012
Article N° complet

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