Danses orienteuses

Détrompez-vous, ce n’est pas le rouge du coquelicot qui attire l’abeille, mais le contraste entre le cœur de la fleur et ses pétales. Les abeilles sont sensibles au bleu, au vert et à l’ultraviolet, mais ne perçoivent pas la couleur rouge. / © Benoît Renevey

La position du soleil, le parfum des fleurs, le vol circulaire : autant d’éléments que l’abeille enregistre pour se repérer. Et puis, elle danse pour ses sœurs : ses mouvements sont un langage qui indique les bons coins.

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Pour retrouver son chemin, l’ouvrière doit être capable de s’orienter. Cette aptitude s’acquiert quasiment au berceau. Cinq jours après sa naissance, la jeune abeille effectue un premier vol d’orientation devant la ruche. Face à l’entrée, elle décrit des cercles de plus en plus larges et de plus en plus éloignés tout en mémorisant la situation de la ruche : orientation, paysage, couleurs, odeurs et volumes. Cet exercice lui évitera de se tromper de ruche en rentrant au bercail, erreur qui peut s’avérer fatale. Plus tard, comme butineuse, elle effectuera un vol d’orientation similaire pour chaque nouvelle source de nourriture éloignée.

Affaire de mémoire

L’abeille retrouve les fleurs proches de la ruche grâce à sa mémoire visuelle et aux parfums floraux. Si les fleurs sont éloignées, elle se dirigera en combinant repères paysagers et position du soleil. En cas de nuages ? La lumière polarisée diffusée par le moindre pan de ciel bleu suffira au fonctionnement de sa boussole solaire. Lorsque le ciel est franchement couvert, l’abeille préfère emprunter des chemins qu’elle connaît par cœur plutôt que d’aller butiner au diable vauvert.

Abeille en vol / © Thomas Bresson

Pas et frétillements

Mais les performances d’Apis mellifera ne s’arrêtent pas là. Les travaux menés entre 1920 et 1973 par l’Allemand Karl von Frisch ont révélé que cet insecte est capable d’indiquer avec précision la direction et la distance d’une source de nectar aux autres occupantes de sa ruche. Gorgée de nourriture, la découvreuse plonge dans l’obscurité de la ville de cire et danse. A la verticale sur les rayons, elle parcourt deux demi-cercles formant un 8, en frétillant de tout son corps sur la barre du milieu. Ou alors elle se livre à ce qu’on a appelé une « danse en rond ».

A force d’expérimentations, les chercheurs ont décrypté la signification des figures. L’inclinaison du huit et le sens du trajet de l’abeille fournissent la direction de la source alimentaire par rapport au soleil. Pour connaître sa distance, il suffit de mesurer la cadence des oscillations sur l’axe de sa danse. Si la danseuse oscille 10 fois en 15 secondes, le butin est à environ 100 m. Si elle oscille 4 fois, il se trouve à 1500 m. Autrement dit, plus l’abeille frétille vite, plus la nourriture est proche. Incroyable, non ?

Dans la danse des abeilles, l'angle par rapport au soleil indique la position du nectar. / © Photo Paul Starosta
danse des abeilles schéma

© Photo Paul Starosta

Le secret du 8

L’abeille danse en 8 pour indiquer la direction de la source de nectar. Si l’axe de sa danse est orienté vers le haut de la ruche, la nourriture est située en direction du soleil. Si au contraire l’abeille pointe vers le bas, il faudra tourner le dos au soleil pour la trouver. Et si sa danse est inclinée à gauche ou à droite, l’angle par rapport à la verticale de la ruche indique la direction précise du butin… toujours par rapport au soleil.

Les dangers de la route

Les allées et venues des abeilles attirent certains prédateurs, bien adaptés à la chasse aux insectes.

araignée crabe abeille attaque

L'araignée crabe s'attaque aux abeilles. / © Paul Starosta

L’araignée crabe, ou thomise, les attend dans une corolle dont elle prend souvent la couleur. Si une butineuse se présente, elle bondit sur elle. Carnassiers, la guêpe et le frelon happent plutôt les abeilles au trou d’envol ou à proximité de la ruche.

Frelon / © Benoît Renevey
Guêpier oiseau

Guêpier / © Benoît Renevey

Parmi les oiseaux spécialistes, citons le guêpier, qui peut tuer jusqu’à 500 abeilles par jour s’il a des jeunes à nourrir. Il ôte l’aiguillon avant de les consommer. Enfin, la bondrée apivore fait preuve de la même prudence. Ce rapace de la taille d’une buse préfère toutefois se nourrir du couvain des guêpes dont il déterre l’essaim.

Sphinx tête-de-mort papillon nuit

Sphinx tête-de-mort / © Paul Starosta

Se servir en douce

La ruche attire de nombreux gourmands, de l’ours à la teigne en passant par l’apiculteur. Le sphinx tête-de-mort, un gros papillon venu d’Afrique, commet ses larcins durant la nuit, masqué par un parfum qui lui permet de dérober sans risque du miel dans les rayons.

Chenille de teigne

Chenille de teigne / © Paul Starosta

Plus petites, les teignes font aussi beaucoup plus de dégâts. Ces papillons pondent de nuit dans les rayons. Leurs chenilles se nourrissent de pollen, de restes de cocons et de cire, et tissent de longues galeries de soies.

Les petits rongeurs profitent également de la pénombre pour dépouiller les abeilles en hiver. L’apiculteur, enfin, est le voleur de miel le plus efficace. Heureusement, il dispense de bons soins en échange de son butin.

Retrouvez tous les articles du dossier : La révolution des abeilles.

Couverture de La Salamandre n°185

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 185
Avril - Mai 2008
Article N° complet

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